‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 28 sur 339 · PARTIE II. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE V

Après tant de catastrophes , Argos possède à peu près la même population qu'à la fin de la guerre de l'indépendance. Ses habitants sont presque tous Albanais ; mais comme la langue des Chkipétars n'est pas enseignée dans les écoles établies depuis la fondation du royaume , ils tendent à se confondre avec les Hellènes. Les écoles d'Argos étaient au nombre de quatre : une école hellénique; une école communale (140 élèves); une école de filles (450 élèves) et une école privée (200 élèves). Les Argiens, sans être riches, possèdent «la médiocrité dorée.» On me dit qu'il n'y avait point de pauvres parmi eux. Un marais transformé en riches vignobles est devenu une source d'aisance , beau résultat qui ne doit pas faire refléchir les seuls Hellènes. Combien d'habitants ne nourriraient pas les marais de l'Italie, s'ils redevenaient habitables comme au temps où la Maremme toscane — dont la superficie a plus de 300 lieues! — et les Marais Pontins comptaient tant de cités florissantes ! — Dans tout l'État romain de vastes étendues de terrain, sont incultes et désertes. La Grèce n'a pas seule , comme on affecte parfois de le dire, de grands progrès à accomplir! 11 suffit

de citer des contrées telles que la Bretagne, la Sologne*; etc. , et au delà des mers l'Algérie et la Guyane, pour montrer tout ce qu'il faudra de travaux avant que le sol de la France soit tout entier livré à la culture et que ce vaste pays soit assuré d'avoir la quantité de céréales nécessaire à sa subsistance.

Après les longues excursions que je venais de faire à cheval, j'avouerai qu'il me parut fort commode d'aller dans l'après-midi en voiture à Mycènes. — En quittant Argos , on se dirige vers le nord, on passe le Charadrus, et après avoir traversé une vaste plaine on parvient au pied du mont Evia , où sont situées les ruines de Mycènes. De là on peut contempler à son aise le golfe de Naupli et la campagne argolique où se dessinent sur le mont Ghaon l'acropole nommée Larisse , ayant pour base des murailles cyclopéennes qui datent d'une époque aussi reculée que Mycènes, point aride au milieu d'une campagne verdoyante, qui explique les épithètes « aride i> et « altérée » donnée à la ville d'Inachus malgré la fertilité delà plaine ; le mont Palamidi couronné

*En France, il y avait en 1860, 8,669,000 hectares en landes, pâtis, bruyères et rochers.

Page 1