PARTIE V. — LIVRE I
de TAdrialique pour voir son idéal réalisé dans le soldat intrépide de Goïto , dans le souverain patriote qui à Novara protégea de sa poitrine et de son épée la retraite de l'armée piémontaise ; dans le populaire caporal que les zouaves élurent à Palestro , dans le souverain qui bravait pour son pays les excommunications des Papes et ce € chocolat des Jésuites » , dont son père parlait si souvent. La Sicile et la Grande-Grèce, deux pays jadis helléniques , retentissaient encore des exploits du général Garibaldi, qui avouait lui-même devoir une partie de ces succès aux «braves et généreux Albanais:» de notre Église. Des hommes qui portaient le nom de Botzaris et de Colocotronis pouvaient-ils entendre froidement la merveilleuse légende des « Mille ?>
Tandis que ces émotions agitaient les esprits , le 28 mai 1861 , vers le soir , le bruit se répandit dans Athènes qu'on venait de découvrir un c formidable complot » , organisé par une partie de l'armée et par l'opposition , dont les ramifications s'étendaient en Italie et jusqu'en Autriche. Le but de ce complot était, disait-on, de renvoyer le roi en Bavière et de constituer un
nouveau gouvernement. Parmi les officiers compromis on citait M. Botzaris, oncle du ministre de la guerre; M. Colocotronis , parent du grand écuyer; parmi les sénateurs : MM. Canaris, Spyro Milios, Ghristidis et Voulgaris. Mais comme on fut d'abord obligé de déclarer que vingt et un accusés sur vingt-huit n'élaient entrés dans aucune conspiration , et que Ton pouvait prévoir déjà Tacquittement des sept autres renvoyés par r Aréopage devant la cour d'assises d'Athènes, l'opposition fut d'autant plus irritée de cette affaire, qu'elle reprochait depuis longtemps à l'autorité d'abuser de la détention préventive.
Il est rare que lorsque les esprits se trouvent dans un état général d'exaltation , cette disposition n'agisse pas fortement sur les âmes les plus impressionnables. Aussi depuis une trentaine d'années l'assassinat politique est-il devenu presque aussi fréquent qu'au seizième siècle. Aucun moyen, ni la rigueur ni la clémence , n'a pu, sous Louis-Philippe , décourager les régicides , qui ne semblaient même pas s'apercevoir du tort qu'ils faisaient à leur cause par des actes justement condamnés par la conscience de l'Europe chrétienne. On ne saurait dire que les Hel-