‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 272 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE I

conscience semblait instinctivement protester en paralysant son bras.

Le ministère, qui avait peine à croire qu'un assassin de dix-sept ans ne fût pas l'instrument d'un complot, voulut interroger lui-même l'auteur de l'attentat. Il développa avec sang-froid et sans aucune espèce d'emphase les raisons qui l'avaient fait agir. Ces raisons étaient exposées dans un écrit intitulé Mon apologie, qu'on avait trouvé sur lui. Son dévouement passionné pour la Grèce l'avait, disait V Apologie t armé contre la tyrannie, et pour accomplir un devoir impérieux, il avait dû oublier que le chef du gouvernement était alors une femme, le sexe faible renonçant à ses privilèges quand il ose prendre la responsabilité d'actes qui ne sauraient lui convenir. Après s'être défendu avec toutes les apparences de la conviction, il jura qu'il n'avait pas le moindre repentir et qu'il avait agi sans communiquer son projet à personne.

Lorsqu'on fut convaincu que Dosios n'avait cédé à aucune rancune personnelle, un enthousiasme contagieux éclata parmi les élèves de l'Université. Cet enthousiasme ne surprendra pas beaucoup ceux qui se rappellent combien

d'assassinats politiques ont été applaudis dans les Universités occidentales, même parmi des populations fort paisibles. Il suffit de citer le Tugendbund et l'histoire de Charles Sand. A Athènes la jeunesse se disputait des bagues en écaille qui portaient les initiales A. D. Ses camarades avaient juré qu'ils auraient recours à tous les moyens pour l'arracher au dernier supplice. Ses geôliers eux-mêmes se montraient émus. On parlait de complots organisés pour son évasion et pour le renversement du gouvernement. L'affaire se compliqua tellement, que bientôt le ministère eut deux procès sur les bras, celui de Dosios devant le jury et celui d'un certain nombre de militaires et d'hommes de toute condition traduits devant le conseil de guerre, présidé par M» D. Soutzos, sous l'accusation d'avoir voulu soustraire le régicide à la vindicte des lois.

On dit que Dosios voulait soutenir devant le jury le système de défense contenu dans Mon apologie , mais que les instances de son père le décidèrent à laisser parler son avocat. Ceki-ci trouvait dans les idées orientales une thèse toute préparée. En Orient on a toujours tellement pro-

Page 1