PARTIE V. — LIVRE I
pacifiques. Le lendemain de Tacquittement des sous-oiBciers , le roi , sur la demande de la reine , commua en prison perpétuelle la peine de Dosios, que, du reste, le peuple n'eût pas aisément laissé exécuter. Au lieu d'offrir, comme au début de l'année précédente, une pension à l'amiral Canaris, le souverain s'occupa de réaliser l'intention , manifestée depuis son retour, de le charger de la direction des affaires, confiée alors à M. Miao'ulis , et de se réconcilier ainsi avec l'opposition fort exaltée par les décidions du conseil de guerre qu'elle considérait comme un triomphe remporté sur le ministère.
J'ai déjà dit, en parlant de mes rapports avec Canaris, qu'il avait conservé une profonde impression des services rendus à la nation par les municipalités helléniques. Appartenant à une époque glorieuse dont les représentants deviennent chaque jour moins nombreux, il en a gardé toutes les aspirations. Un peuple armé, des communes aussi peu dépendantes qa'il est possible du pouvoir central, tel est l'idéal qui s'offrait
toujours à ses yeux — il le disait continuellement à M. P. Soutzos — lorqu'il fut question de'
son entrée au ministère*. Mais Famiral ne croyait pas qu'il fût suffisant d'assurer le libre développement des populations agricoles , il croyait aussi qu'il était nécessaire de remédier à leur détresse. Diminuer les dépenses improductives
— réduire de cinq pour cent la dîme sur les céréales — construire des routes nécessaires au paysan pour transporter et vendre ses denrées
— établir des banques agricoles : voilà les mesures qu'il regardait cdtnme indispensables à l'amélioration de la situation des campagnes. Quant à la capitale, il voulait, disait-il, remplacer la police militaire par une police civile — mettre un frein aux excès de l'espionnage — réparer les abus de l'expropriation forcée — et assurer aux citoyens toute la liberté de parler et d'écrire qui existe à Londres et à Bruxelles *. Ce court exposé prouve que M. Canaris appartient à l'école des adversaires de la centralisation. Mais la centralisation a , en Grèce comme en Occident, des défenseurs zélés. Le roi , par exemple, qui savait que les princes allemands peuvent,
* Voy. Canaris incendiant le système (en grec). Athènes 1862, par M. A. Soutzos, frère de l'ami de Canaris, p. 5. ■ Même brochure, p. 5-6.