PARTIE V. — LIVRE I
années, ella part qu'y ont prise à la fin les trois grandes puissances, la proclamation ajoute : « Reprenons l'initiative que nous avons perdue dans les affaires de rOrient ; élevons-nous au rang des nations vivantes , et devenons entre les mains des trois puissances protectrices l'instrument de la divine Providence.
« Ne séparons pas , ô citoyens , la royauté et la patrie, l'ordre et la liberté^ les prérogatives de la couronne des lois fondanientales du pays. Confondons tous ces principes en un seul, ainsi qiie la Charte constitutionnelle les a confondus, et marchons dans la voie du progrès et de la légalité d'un pas ferme et sûr, mais point désordonné ni anarchique. t^
Il est impossible de ne pas reconnaître dans cette proclamation un autre plan que celui de Coletti. Sans doute, le héros dePsàra n'est pas moins préoccupé que le Roumain de l'Épire du désir de reconquérir les provinces restées esclaves des Turcs ; mais au lieu de croire , comme dans la tradition française , que la centralisation est nécessaire pour assurer à une nation le rang qui lui appartient, il fait un appel pressant à l'énergie individuelle , aux forces viriles susci-
tées par le régime municipal, aux instincts patriotiques développés par la pratique des institutions libres. Nous sommes fort loin du temps où Goletti regardait comme nulle Téleclion de M. Alexandre Mavrocordatos nommé par cinq collèges I Entraîné par un esprit contraire , l'amiral pense, ainsi qu'un rédacteur delà iîevwôeîontemporaine^f M. Léo Joubert, que l'empereur Auguste, «s'il conserva le suffrage universel.... en désignant les candidats, les nomma de fait. » En acceptant cette manière de voir, non-seulement nous renonçons à toutes les habitudes françaises, mais nous nous trouvons dans un monde politique i peu près idéal. Même en Angleterre , lord Brougham , dans son livre sur la Constitution anglaise, ne se contente pas de tolérer l'influence de l'argent dans les élections; mais il y voit l'action naturelle de ce pouvoir, que Socrate, dit Xénophon, nommait c ploutocratie 1 , et qu'il distinguait fort soigneusement de la véritable aristocratie. Quand de telles licences sont accordées aux partis, comment refuser à un ministère la faculté de < désigner » des candidats? Dans les monarchies constitu-
* Revtie contemporaine, 30 juin 1862.