PARTIE V. — LIVRE I
tionnelleSy où les droits des électeurs sont pris le plus au sérieux , on n'a jamais , à ma connaissance, interdit aux ministres de faire connaître leurs préférences au corps électoral. En n'acceptant « aucune intervention du pouvoir exécutif, ni désignation de candidats faite par lui», l'amiral n'est pas plus pratique que M. René de Courcy, lorsque dans son zèle imprudent contre «la charte, donnée par l'émeute de 1844», il s'exprime ainsi * : « Ne conviendrait-il pas d'ajourner momentanément et dans une certaine mesure la pleine et entière exécution des lois constitutionnelles qui régissent la Grèce ? »
Une fois la chambre des députés sortie de «la libre élection», M. Canaris dépose «les rênes de l'État entre les mains des ministres » , et réduit le roi à régner. Nous continuons de nous éloigner de la France, mais cette fois nous sommes sur le terrain de la réalité, puisque les choses se passent ainsi en Angleterre et dans quelques Étals secondaires du continent. Mais, en Grèce, il ne semble pas facile d'en arriver là ; car les membres du parti anglais, lorsqu'ils ont été au ministère, n'ont pu mettre en vigueur la maxime
* La Grèce sous le roi Othon.
favorite de TAnglelerre, et même beaucoup d'entre eux, dans leurs relations avec la cour, ont toujours paru croire que « les rênes de l'Élati étaient plutôt dans les mains du roi que dans celles des ministres. M. Thiers et ses amis n'ont pas été plus heureux en France. Quant au maréchal O'Donnel, qui s'insurgeait, en 1854, pour réduire la reine d'Espagne à c régner sans gouverner», il a tellement échoué, qu'il est obligé, en 4862, de respecter les décisions et les miracles de la sœur Patrocinio. La solution du grave problème des rapports de la royauté constitutionnelle avec le ministère est trop peu avancée pour qu'on s'étonne des embarras qu'il cause à la Grèce. Affirmer comme M. de Courcy * « qu'il était utile de fortifier pendant quelques années encore le gouvernement de la royauté», équivalait à se contenter de demander la prolongation — que dis-je? l'aggravation — d'un état de choses dont les esprits les plus modérés parmi les Hellènes ne dissimulaient pas les inconvénients , et courir de gaîté de cœur au devant des révolutions. Après les agitations de 184849, Frédéric-Guillaume IV et François-Joseph n'ont eu d'autre politique que
* La Grèce sous le roi Othon.