PARTIE V. — LIVRE I
de € fortifier encore le gouvernement de la royauté», jugé déjà trop fort par l'Europe éclairée. Or chacun sait qu'il a été impossible de persévérer dans celte politique.
Tout gouvernement qui veut être « encore plus fort > doit nécessairement attacher une grande importance à l'armée et détester la garde civique. On se rappelle que Charles X a été obligé de licencier la garde nationale de Paris lorsqu'elle eut crié « à bas les Jésuites ! à bas Yillèle ! » Au contraire, les États qui tiennent à être réelle* ment libres attachent une grande importance à une institution qui a joué un rôle considérable dans la France de 1830, en Belgique, en Italie, etc., et que l'Angleterre vient d'adopter sous le nom de c volontaires ». La garde nationale n'est pas inconnue à l'Orient ; car en Serbie la nation tout entière est armée, et la seule attitude de ces pasteurs belliqueux suffit pour faire trembler les maîtres de Stamboul. Un homme de guerre comme M. Canaris devait s'irriter de voir le roi se refuser constamment à l'organisation de la garde nationale, quand la reine Victoria, le roi Léopold, le roi Victor-Emmanuel, etc., redoutent si peu la milice civique que ces souverains ne se
558 LÀ GRISE HmiSTERIELLE.
lassent pas de lui prodiguer les encouragements, parce qu'ils comprennent tout le parti qu'ils en tireraient pour la défense du sol. Mais , comme on l'a fort bien dit : t on ne s'appuie que sur ce qui résiste», et la perspective de résistances pareilles à l'attilude des Parisiens devant Charles X ne semblait pas beaucoup sourire au roi de Grèce. Sans tenir compte de semblables répugnances, M. Canaris entendait que «le royaume fût capable de défendre par sa milice citoyenne ses institutions et ses frontières. >
L'amiral ne songeait pas seulement à améliorer la situation intérieure de la Grèce, son âme patriotique voulait qu'elle exerçât une influence beaucoup plus active. 11 déclarait franchement qu'elle a « perdu l'initiative dans les affaires de l'Orient». En effet, les peuples chrétiens ont fait de grands progrès depuiç la guerre de l'indépendance hellénique. La Roumanie forme aujourd'hui entre les Carpathes et le Danube, dans la contrée la plus fertile de l'Europe, un État de cinq millions d'âmes. La Serbie, déjà très-forte, peut espérer qu'elle rallieraautour de son drapeau les nombreux enfants de la Slavie méridionale. La Tsèrnagora (Monténégro), qui n'est, aurait