‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 280 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE I

dit le duc de Saint-Simon , que € la principauté d'une roche >, a soutenu des luttes héroïques contre les plus solides armées de la Turquie et contre ses meilleurs généraux. La Grèce, et rien n'est plus naturel, désire attirer à son tour les yeux du monde. Mais ici apparaît une complication dont M. Canaris essaie en vain de dissimuler la gravité.

e Élevons-nous , dit l'amiral , au rang des nations vivantes et devenons entre les mains des puissances protectrices l'instrument de la divine Providence. » Cette manière de parler fait naturellement supposer l'unité de vues et d'affections dans la trinité des États protecteurs. Mais les faits confirment-ils ces douces illusions ? Si la Grèce n'avait, comme la Roumanie et la Serbie, affaire qu'à un « suzerain t^ , la difficulté serait moindre; mais trois « protecteurs j dont l'un est catholique, l'autre orthodoxe, le troisième protestant ! Les divergences ne sont pas moins grandes sur le terrain de la politique. La France est une monarchie représentative; la Russie une autocratie; l'Angleterre une monarchie parlementaire. En outre, la première est a/;sez indifférente au sort de la Turquie ; la seconde veut

sa ruine ; la troisième tient immensément i sa conservation. On cherche en vain comment c les mains » de ces trois puissances travailleraient en Grèce à une œuvre commune.

11 est évident que M. Canaris regardait comme le plus pressé c d'émanciper la Grèce de la tutelle de TÂutriche^ de la Prusse, de la Bavière et du reste de l'Allemagne ^ > Mais en mettant sur la même ligne des puissances comme la Prusse et la Bavière , dont la politique est tellement différente , l'amiral montrait qu'il ne se faisait pas une idée nette de la situation. Ni la Prusse ni la vraie Allemagne n'ont aucune raison de contester les droits des nationalités , bien au contraire. En Prusse » la chambre des députés a proclamé que Venise devait appartenir à l'Italie, et le gouvernement prussien n'a jamais rappelé son ambassadeur de Turin, malgré l'exemple donné par la France et par la Russie. Après l'émancipation dont il est ici question , l'amiral se proposait de « resserrer les liens d'amitié qui unissent son pays avec les trois puissances protectrices , la France , la Russie et l'Angleterre. > Mais , pour ne citer qu'un exemple , s'il s'agit de

* Voy. Â. Soutzos, Canaris incendiant le sysième^ p. 7.

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