PARTIE V. — LIVRE I
s'acquittera envers les citoyens qui ont droit à des indemnités*.
Enfin , le 23 janvier , M. Canaris fut averti que Sa Majesté le ferait appeler le lendemain pour le charger de former un ministère. Le roi le reçut très-gracieusement dans la matinée et ne fit aucune objection aux projets de réforme qu'il lui soumit. Encouragé par cet accueil, M. Canaris ne put résister au besoin de manifester ses espérances patriotiques.. cSire, dit -il, ce petit royaume compte à peine 4,200,000 habitants; mais il possède tant de glorieux souvenirs, anciens et récents, qu'il vaut bien plus que d'autres États de cinq ou même de dix millions d'âmes. Premier souverain de la Grèce, votre gloire sera bien grande si vous rendez heureux les Hellènes indépendants et si vous affranchissez la Grèce esclave. »
Après deux heures d'un entretien qui roula sur les plans de M. Canaris, on parla vaguement des hommes chargés de les. exécuter, c Lorsque j'ai été mandé près de vous. Sire, dit l'amiral, j'ai songé uniquement aux intérêts du pays; puisque vous avez souscrit à toutes les réformes
' A. Soutzos, Canaris incendiant le système, p. 12-18.
Il «
que je vous ai proposées , je vais rentrer chez moi pour former un ministère avec les hommes que j'aurai choisis ; j'en soumettrai aussitôt la liste à votre approbation. »
Une multitude immense se pressait aux abords du palais lorsque M. Canaris sortit. Le peuple, fort agité ^ donna au populaire héros des guerres nationales les signes les plus vifs de sa sympathie : < Chers concitoyens , dit l'amiral avec modestie, vous touchez au tçrme de vos tribulations ; le chef de TÉtat accorde tout ce que je lui ai demandé pour vous ; il va au devant de mes désirs; c'est à lui que vos acclamations doivent s'adresser et non à moi. Veillez surtout au maintien de l'ordre. > Il paraît que cette recommandation n'était point inutile ; car la multitude ayant été expulsée des environs du palais par la gendarmerie, qui trouvait sa joie trop bruyante, se porta devant les hôtels des ministres afin de les insulter.
L'allocution de M. Canaris montre quelles illusions il se faisait. Ces illusions ne subsistèrent pas longtemps. Soit, comme il l'a cru, qu'on eût déjà semé la division dans les rangs de l'opposition ; soit que les prétentions indivi-