‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 304 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE II

plus considérable des concessions fut la loi qui décréta l'organisation de la garde nationale. Mais on se rappelle que l'amiral Canaris y dans son programme — et il exprimait sur ce point le vœu de toutes les fractions de l'opposition — réclamait avec insistance la dissolution d'une chambre qui , selon lui , n'avait pas été librement élue et n'offrait aucune garantie d'indépendance. En outre chacun se demandait si la nouvelle loi ne resterait pas une lettre morte comme la loi sur l'inarnovibilité des magistrats , et l'on ajoutait tristement que les lois manquaient moins à la Grèce que la volonté sincère de les exécuter. Le gouvernement, qui n'attachait pas assez d'importance à ces causes de mécontentement et d'inquiétude, semblait complètement rassuré, lorsque la Chambre des députés se sépara. L'insurreclion de Naupli avait été comprimée si aisément, malgré les innombrables moyens de défense dont elle disposait, qu'on pouvait croire l'opposition complètement découragée. Mais un observateur plus pénétrant que le roi n'aurait pas manqué de s'apercevoir qu'en présence de

l'attitude réservée des hommes les plus populaires , le pays avait dû naturellement hésiter à

se ranger du côté d'une insurrection qui lui semblait plutôt militaire que civile. Sans se défier, autant que les peuples du Nord , des conséquences des pronunciamienios y la masse de la nation s'était bien aperçue que les personnages politiques y hostiles à la dynastie, regardaient le mouvement comme prématuré. D'un autre côté, ni le fils du général Grivas, malgré le caractère chevaleresque que reconnaissait en lui le journal semi-oflîciel, le Précurseur y ni aucun autre des officiers qui avaient levé l'étendard contre la cour, n'avaient assez d'influence sur l'armée pour l'entraîner tout entière. Le vieux Théodore Grivas , quoiqu'il eût déjà essayé deux fois d'insurger l'Acarnanie contre le gouvernement , était resté si tranquille , que tous ceux qui connaissaient le caractère impétueux du bouillant pallicare qui , en 1854?, s'était jeté en Épire, malgré les menaces des puissances occidentales, devaient supposer que ce vétéran de la révolution hellénique se réservait pour des circonstances plus favorables.

Malgré le calme qui avait succédé aux agitations révolutionnaires , le travail persévérant des sociétés secrètes ne laissait pas le roi sans sou-

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