PARTIE V. — LIVRE III
cis. On supposait que dans le Péloponèse, et particulièrement dans la Messénie , les insurgés de Naupli avaient conservé de nombreux partisans qui préparaient mystérieusement de nouveaux troubles. Le roi s'imaginait être encore assez populaire pour que sa présence paralysât ce travail souterrain. Mais la popularité du roi , choisi par les puissances protectrices , n'existait plus que dans les feuilles austro-bavaroises , et j'avais eu dans mon voyage de fréquentes occasions de le constater. La reine, qui avait su conserver plus longtemps quelques sympathies , avait encore plus d'adversaires , et l'impression produite par Tattentat dç Dosios eût seule suffi pour lui enlever toute espèce d'illusions sur ce point. On répétait que la lenteur du roi avait dégénéré en profonde apathie. On ajoutait que la fermeté assez commune parmi les Allemands du Nord avait, avec les années, dégénéré chez la reine en entêtement aveugle. Des questions personnelles , dont parle le docteur Goudas*, avaient augmenté le nombre de ses ennemis. Le grand malheur de
1 Voir dans le deuxième Mémorandum^ p. 27 de la trad.' rhistoire de W^* Photini Mavromikhalis et de M. D. Mavromik' halis.
606 LA RÉVOLUTION d'OCTOBRE.
l'un et de l'autre était d'ignorer profondément l'état général de l'Europe, les idées de leur temps et les aspirations devenues irrésistibles des nationalités , et de s'en rapporter à des gens qui n'en savaient pas plus long qu'eux. L'éducation politique qu'on reçoit dans les petites cours allemandes , est la moins propre à former des souverains capables de gouverner les populations agitées de l'Europe orientale. Si une pareille éducation, essentiellement féodale, livrée à toutes les funestes séductions de la flatterie, préoccupée des ridicules minuties de l'étiquette plus que des questions sérieuses * , pouvait être corrigée par l'expérience , le roi de Grèce eût trouvé dans sa propre famille bien des occasions de réformer ses opinions. Son frère, le prince Luitpold , n'avait-il pas vu tomber du trône de Toscane son beau-père Léopold II ? Sa sœur, la princesse Aldegonde , n'avait-elle pas suivi dans l'exil le trop fameux François V de Modène ? Le dévouement de Léopold et de François à la cause autrichienne, tout en les rendant odieux à leurs sujets, les avait-il préservés de la ruine? L'Au-
* Voir dans le Siècle d'octobre 1862 le spirituel tableau de l'étiquette à la cour de Grèce par M. Texier.