PARTIE V. — LIVRE III
triche est, comme l'Egypte des prophètes, un roseau brisé perçant la main de ceux qui sont assez imprudents pour essayer de s'en faire un soutien.
Les illusions du rei ne se bornaient pas à se faire une très-fausse idée de sa popularité : il comptait beaucoup trop sur l'appui des puissances protectrices. La manière d'agir de ces puissances était, il est vrai, complètement rassurante. Le ministre de France, disait le Sémaphore — et V Indépendance belge n'était pas d'un autre 'avis — passait sa vie dans des familles dévouées à la cour. M. Ozérov avait été appelé à Berne. L'Angleterre venait d'envoyer à Athènes un diplomate intimement lié avec la famille qui avait donné une épouse au prince Luitpold, et le gouvernement anglais, loin de trouver que le roi n'allait pas assez vite dans la voie des réformes, paraissait trouver qu'il avait fait dans la loi de la garde nationale des concessions exagérées. Quant aux puissances germaniques, les unes, comme la Prusse, s'occupaient de la Grèce un peu moins que de la Chine et du Japon; les autres, comme l'Autriche et ses fidèles vassaux, paraissaient déci-
dées à tout faire pour maintenir la dynastie palatine^ sur le trône hellénique. Le roi était donc porté à penser qu'en présence de cet accord si rare des protecteurs de la Grèce et des autres États , il n'avait à craindre aucune perturbation sérieuse. Il avait oublié qu'en Orient, plus qu'ailleurs, jamais la catastrophe n'est plus voisine que lorsqu'on est disposé à s'endormir dans une trompeuse sécurité.
Lorsque, le 12 octobre, le roi et la reine s'embarquèrent sur V Amélie pour le Péloponèse, la contenance de la population était aussi rassurante que l'attitude de la diplomatie. Du moins le Moniteur français l'affirme, et il en montre quelque surprise. Le grave journal aurait pu se rappeler que jamais Charles X n'avait été si bien accueilli que dans le voyage en Alsace qui précéda la révolution de juillet. Le monde officiel n'a que trop d'empressement à cacher aux princes l'abîme où les entraîne trop souvent l'ignorance des véritables dispositions du peuple. « La révolte était dans tous les cœurs, > m'écrivait depuis un de mes correspondants. Quelques banales démonstrations faites au Pirée n'étaient
*Les Wittelsbach se sont éteints en 1777.