PARTIE V. — LIVRE III
pas de nature à retarder la marche des événements.
Aussi à peine le roi eut-il quitté la capitale,
que la révolution éclata partout avec une force irrésistible. Les nouvelles des provinces devinrent subitement de la nature la plus grave. L'Acarnanie levait , avec Grivas , Tétendard de rinsurrection. Avec son teint brûlé par le soleil, son nez pareil au bec de l'aigle , ses yeux perçants, ses cheveux restés noirs, Grivas apparaissait aux yeux des Rouméliotes comme une personnification des luttes héroïques soutenues pour la patrie par une génération dont la gloire est impérissable. Quoique déjà attaqué de la maladie qui devait bientôt l'emporter, le vieux soldat était resté si actif et si ardent , qu'il ressemblait à un de ces personnages mystérieux dont parle M. Armand Pommier, l'ingénieux et spirituel auteur de la Dame au manteau rouge , qui trouvent le secret de se soustraire à la funeste influence des années. La Morée n'était pas plus paisible que la Roumélie, et^^Patras nommait un gouvernement provisoire dont un de ses citoyens, M. V. Rouphos, prenait la direction. Un calme si grand régnait dans la capitale que
640 LA RÉVOLUTION d'OCTOBRE.
«rien n'eût fait soupçonner à un observateur ignorant les sentiments du pays qu'une révolution était proche, "p Ces paroles que le Moniteur français prononce, en parlant de l'embarquement du roi , ont l'air d'exprimer la stupéfaction que les événements du 10/22 octobre causèrent à la légation française, qui ne se serait point fatiguée à protéger une royauté impossible à défendre si elle eût mieux connu «les sentiments du pays. > Mais la diplomatie du grand empire occidental n'a point l'activité vigilante de la diplomatie anglaise. Au lieu de fréquenter des représentants de toutes les opinions , ordinairement elle s'enferme trop volontairement dans les cercles exclusivement conservateurs. Plus empressée de cultiver d'agréables relations sociales que d'étudier les populations , elle est trop portée à ne voir les nations qu'à travers les illusions des relations officielles et des préjugés étroits que le vulgaire nomme emphatiquement «principes conservateurs ». Ces observations ne s'adressent pas seulement aujt Français. Je me rappelle encore avec quelle stupéfaction comique un ministre plénipotentiaire m'entendit annoncer à Athènes qu'une révolution était imminente à Naples. Son