‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 308 sur 339 · PARTIE V. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE V. — LIVRE III

air indigné exprimait beaucoup trop naïvement la candeur étrange des diplomates contemporains pour ne m'avoir pas beaucoup frappée. Un règne comme celui dont l'honnête M. Gladstone a été le sévère historien , aboutit nécessairement à une catastrophe. Mais l'incapacité et les idées étroites précipitent aussi bien la chute des dynasties que les emportements d'une aveugle tyrannie , telle que le despotisme du père de François II; et le ministre dont je viens de parler a dû penser, en écoutant les cris de triomphe et les joyeux coups de fusil qui annonçaient la déchéance du roi que, sans recevoir les confidences des cours, je connaissais un peu mieux que lui l'état des esprits en Europe.

La révolution qui s'accomplit dans la nuit du 22 au 23 , était tellement préparée dans les esprits que le Moniteur français a pu dire sans exagération qu'il « n'y eut ni vainqueurs ni vaincus. 2> Rien ne ressemble moins aux luttes du 10 août ou aux terribles journées de juillet. Il faut remonter à la révolution de 1640 , qui renversa en Portugal la dynastie espagnole , pour trouver une insurrection aussi unanime et une si faible résistance dans les amis du gouvernement.

La révolution victorieuse s'empressa de cons-^ tituer un gouvernement provisoire composé de MM. D. Voulgaris, C. Canaris et V. Rouphos. Après quelques hésitations , l'amiral finit par se décider à faire partie du gouvernement. Il eut assez de patriotisme pour reconnaître que M. Voulgaris ayant pris la principale pari à l'insurrection qu'il avait inspirée et dirigée avec résolution, il était naturel que les vainqueurs le missent à la tête des affaires. M. Rouphos n'ayant quitté Patras que plus tard, ne fut point témoin des événements qui déterminèrent le roi à prendre la route de Triesle. Dans le ministère qui fut immédiatement formé , M. Zaïmis reçut le portefeuille de l'intérieur , M. D. Mavromikhalis fut chargé du département de la guerre, et M. Diaraantopoulos des affaires étrangères.

Le Moniteur français affirme que le roi « ne savait rien » , lorsqu'il arriva au Pirée sur la frégate Amélie. Le Nord semble mieux informé en affirmant qu'il connaissait l'insurrection de l'Acarnanie. Mais il est certain qu'il ignorait complètement la révolution accomplie dans la capitale. «L'amiral Touchard, dit \e Moniteur y

Page 1