PARTIE II. — LIVRE V
la Tarasque à l'aide de sa seule jarretière. Il parait même qu'à Tarascon et dans d'autres Tilles du Midi de la France , on fait une cérémonie coinmémorative d'un prodige si vraisemblable. Et nous , gens du dix-neuvième siècle , qui avons inventé les chemins de fer, les bateaux à vapeur, le télégraphe électrique, la photographie, etc., nous rions des Hellènes qui croyaient à l'existence de Danaé, de Persée et de Méduse !
Je quittai Mycènes « la bien bâtie » à six heures et demie, et en longeant le mont Evia, je visitai auprès du torrent Astérios les ruines du célèbre hérœoriy temple de Héra, divinité tutélaire d'Argos. On distingue une partie du plan, et les pièces d'architecture et de sculptures qui y ont été découvertes et qui sont d'une belle époque , fonl penser involontairement au célèbre Polyclète, l'auteur de la statue de Héra, statue qui a péri comme tant d'autres chefs-d'œuvre , grâce aux catastrophes de toute espèce qui ont fondu sur la Grèce.
Héra (Junon), surnommée l'Argienne, qui était la grande divinité d'Argos, semble avoir été primitivement dans cette ville et dans d'autres
endroits une vierge céleste, ainsi que Tindiquent les surnoms qu'elle recevait dans Argos , à Imbros, à Platée. Les traits de cette déesse, se confondant avec ceux de la Héra et de la Dioné des Pélasges , formèrent le type si connu de la sœur et de réponse de Zeus. Dans la théologie la plus ancienne des peuples indo-européens , le ciel et la terre , « le couple immortel , les deux grands parents du monde > célébrés par le Rig- VédUy constituaient les deux divinités primordiales. Mais lorsque les Hellènes partagèrent l'univers en trois empires , régis par les trois fils de Kronos, la Terre (Rhéa, Cybèle, Gaea, Déméter) dut céder le premier rang à la reine du ciel (Dioné , Héra) , qui devint la personnification de l'atmosphère. Or l'atmosphère de la Grèce est loin d'avoir la sérénité qu'on lui attribue vulgairement. Le pays ne se compose pas uniquement de la plaine d'Athènes, mais de contrées que le nombre et l'élévation des montagnes, les vallées étroites, le voisinage de la mer exposent à de brusques variations de température. Tandis que le ciel azuré plane, comme dit le poëte védique, «au-dessus de tout, des jours et des nuits, de la mer et de l'air,» l'at-