PARTIE II. — LIVRE V
mosphëre est livrée à de perpétuelles alternalives de trouble et de sérénité, dont les Hellènes trouvaient une image au foyer domestique, monde agité dont les romans vertueux — écrits ordinairement par quelque célibataire — donnent une description inexacte. Le sexe fort , aussi disposé à s'admirer à cette époque que de nos jours, croyait déjà — plût à Dieu qu'il en fût ainsi! — ^.êlre lé représentant de la «raison» , (le l'esprit de calnte, d'ordre et de régularité, opposés à la sensibilité aveugle , à la turbulence fougueuse, à l'inconstance incurable du sexe faible. Telle est l'origine du portrait peu flatté que la légende hellénique a laissé de Héra. Logiquement on eût dû lui donner autant d'amants que Zeus a de maîtresses. Mais les Hellènes, tout en affirmant qu'ils sont fort supérieurs à leurs femmes, n'ont jamais voulu laisser croire qu'elles pussent cesser de les admirer ou (le les aimer. Quoique changeante et capricieuse , Héra, le type delà matrone hellénique, n'est jamais infidèle.
Malgré les déclamations qu'on fait de nos jours contre des religions qui étaient indispensables au lent progrès de l'humanité , on devrait
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reconnaître que le paganisme de la Grèce est riche en caractères de femmes qui peuvent braver les traits de la médisance. Héra , Déméter, Athéné, Artémis, etc., se sont montrées aussi dignes d'être célébrées par des poëtes enthousiastes que ces Laure et ces Béatrix idéalisées par la poésie du moyen âge. L'opinion qu'on avait de ces divinités a contribué puissamment à préparer les individus et les nations à jdes idées plus libérales et plus équitables. Si un pallicare de la Maïna pouvait dire qu'il n'oserait jamais traiter avec insolence les sœurs de la mère de son Dieu , le plus grossier des Hellènes se sentait saisi d'un respect involontaire pour la femme, quand il voyait la. grande-prêtresse de la reine du ciel offrir à Héra^ dans son temple, les hommages d'Argos et de la Grèce. Les Latins poussèrent même si loin le respect qu'ils portaient à leur Junon , que pour donner à la naissance de Mars un caractère de pureté extraordinaire , ils supposèrent que la déesse avait conçu en respirant , dans les champs d'Olène , le parfum d'une fleur merveilleuse que Flore lui présenta. De là peut-être l'idée qu'ont eue les peintres de mettre une fleur céleste dans la main de l'archange Ga-