PARTIE II. — LIVRE V
briel quand il annonce à la reine du ciel chrétien {regina cœlt), à la « Panaghia platytéra (immense) , plus vaste que les cieux » (platytéra tou ouranoù), qu'elle deviendra mère du « lion de la tribu de Juda» (Apoc. V, 5).
Les artistes postérieurs au synode d'Éphèse ont dû aussi examiner avec soin le costume de la grande déesse du panthéon hellénique pour créer le type de la «Vierge couronnée» des Orientaux. Les plus anciens peintres — on peut s'en assurer en examinant les sarcophages et les catacombes — ne font point figurer Marie comme un type sacré. La première invocation à la Panaghia se trouvant seulement dans saint Grégoire-le-Théologien (328-389), on ne doit pas s'étonner du caractère modeste de ces premières représentations. Il n'en est plus ainsi au moyen âge. Marie porte une couronne, souvent triple et pareille à une sorte de tiare. Dans sa main droite est un sceptre surmonté d'une fleur ; son voile est blanc; son manteau bleu est parsemé d'or; sa robe rouge ou rose est retenue par une ceinture dorée*. Héra est aussi représentée sur un trône, avec des traits réguliers et nobles,
^ Voy. Wilemin, Monum. de Vart au moyen âge y 22« liv.
qui montrent la prudence et la sagesse de la déesse nommée par Pindare «puissante par excellence ; > Yhimation (voile) qui l'enveloppe , le chiton (tunique) dont elle est velue , sont drapés avec le soin rigide de la pudeur , son front majestueux porte la Stéphane (diadème), et les coiffures qu'on y ajoute, ]e polos, le calathos et le modios , ne font que mieux ressortir son caractère de divinité du ciel et de la nature, divinité digne d'être le modèle de la vierge, de l'épouse et de la mère et dont «l'hymen sacré» est devenu le type divin des noces.
Des écrivains, qui compromettent la cause d'une religion « à laquelle — JoufiFroy le disait avec raison — est réservée la conquête du monde i> par le peu de solidité de leurs démonstrations, se sont figuré que les Hellènes n'auraient pu , sans un miracle — sans le plus éclatant des miracles — accepter les mystères de la religion nouvelle ! Cette argumentation suppose une grande ignorance des idées de cette Grèce , qui , dès le siècle de Platon , proclamait l'existence du Logos. Comment, par exemple, aurait-elle pu refuser d'élever des autels à la^ vierge de Nazareth , cette Grèce qui , depuis tant