‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 38 sur 339 · PARTIE II. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE V

« De vrais guerriers , criait le paysan , seraient en Syrie, où Ton égorge nos frères, et non sur ces murs à parader comme des caraghios ^ . i> Cette dernière réflexion exprimait assez le sentiment général , sentiment qui a été la cause de la grande insurrection de 1821 , et qui a soutenu la nation dans les cruelles, mais glorieuses épreuves qui l'ont suivie. On avait beau dire au peuple que la diplomatie condamnait ses aspirations. Il n'ignorait pas que les Italiens allaient en avant, malgré les conseils et les menaces de la diplomatie. Il éprouvait en entendant parler des cruautés commises contre des chrétiens , la même fureur que les patriotes italiens quand on leur parlait des souffrances de Venise. Ce sont là des impressions irrésistibles qu'il deviendra chaque jour plus difficile de contenir.

M. le major Kokhinos, commandant de la place, arriva enfin en grande tenue, et m'offrit son bras pour me conduire à travers les rues étroites de la ville, qui conserve encore des traits de ressemblance avec les villes de l'époque vénitienne et rappelle Corfou plus que Patras. Je devais loger chez le nomarque de l'Argolide,

' KaragheuE estle polichineUe des Turcs;

M. Rondopoulos ; mais Theure me parut trop avancée pour aller lui présenter la circulaire du ministère de l'intérieur. Tandis que j'entrais à l'hôtel , qui me parut médiocrement confortable, le fils de Mine Andonopoulos vint m'offrir la maison de sa mère. A moi, qui venais du trésor des Atrides, le salon de M^^e Andonopoulos prouvait que nous sommes heureusement bien loin de «l'âge de cuivre. » Ce salon était éclairé avec beaucoup de goût, il était rempli de monde, de jeunes filles élégantes aux manières distinguées , il n'y manquait même pas la classique gouvernante , qui était de la Suisse française. Cette gouvernante était chargée d'élever la petite Kékhahia , petite fille de M«ie Andonopoulos. Je m'arrêtai dans cette demeure hospitalière presque toute la journée du lendemain , journée que j'employai à visiter la ville. Un des fils de la maison avait épousé MUe Vassiliki Botsaris. Celle-ci me parla, les larmes aux yeux, de la visite que j'avais faite au tombeau du héros souliote sur cette plage de Missolonghi qu'il a illustrée par une mort digne des plus beaux jours de la Grèce antique.

Quoique Naupli n'ait pas joué dans l'histoire moderne de la Grèce un rôle aussi considé-

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