PARTIE II. — LIVRE V
mans et ne leur laissaient pas une heure de repos, les paysans quittaient chaque village à leur approche, pour se réfugier dans les monastères , les tours, les grottes et autres lieux inaccessibles, qu'ils transformaient en forteresses imprenables. Aussi Ibrahim finit-il par être condamné à une inaction absolue qui dura jusqu'au printemps de 1827. Sans imiter, même dans ses jours de désunion, les funèbres dissensions de la Révolution française; sans avoir à rougir ni des massacres de la Glacière , ni des abominables journées de septembre , ni de ces scènes atroces de la Terreur qui devaient nécessairement ressusciter la monarchie absolue, la Grèce se montra digne des volontaires français de 1792. Cette intrépidité devait produire sur les peuples chrétiens, déjà profondément touchés des malheurs de Missolonghi^ la plus salutaire impression. Aussi dès le commencement de 1826, le gouvernement anglais envoyait-il à Pétersbourg le vainqueur de Napoléon , qui signait dans cette ville, avec les minisires de Nicolas I©»*, un acte qui devait amener nécessairement l'intervention européenne et la journée de Navarin.
Malheureusement cette intervention devait
être retardée par les hésitations habituelles de la diplomatie. En attendant, l'assemblée nationale réunie à Trézène, au mois de mars 1827, fit des fautes qui devaient compromettre gravement une situation que* la prise de Missolonghi avait déjà rendue fort difficile. Elle donna le commandement supérieur des forces de terre et de mer à deux étrangers , l'Anglais lord Cochrane et l'Irlandais Church. Ces deux officiers, d'ailleurs capables et très-zélés pour la cause de la Grèce, ne connaissaient ni les habitudes des Hellènes , ni leur manière de faire la guerre, ni le moyen de maintenir l'accord parmi les chefs peu dociles et naturellement défiants. En vain Karaïskakis, fort de son expérience, voulut-il faire comprendre à Cochrane la nécessité de diriger des troupes irrégulières d'une manière conforme à leurs coutumes et même à leurs préjugés , l'impétueux Anglais ne tint aucun compte de ses conseils. «L'impatience des Franks (occidentaux) , disait souvent le Rouméliote à ses amis , causera quelque terrible catastrophe.:» Blessé mortellement dans une escarmouche, il eut le bonheur de n'être pas témoin des malheurs qu'il avait en vain prédits.