‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 45 sur 339 · PARTIE II. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE V

Le héros de Khaïdari, d'Arakhova, de Dislomo, de Lépanle et de Kératzina repose aujourd'hui sur la plage de TAttique qu'il a arrosée de son sang. J'ai eu l'occasion , à Dara , de m'entretenir avec son aide de camp , le colonel Kaklamanos, de sa rnort qui fut digne de sa vie. Avant de mourir, il recommanda aux capitaines qui l'entouraient , « d'être unis , de maintenir l'honneur des armes rouméliotes et de sauver l'Acropole. » — «Pour moi, continua-t-il , je meurs jeune, ma roue s'est brisée au milieu de la carrière...;» puis portant mélancoliquement sa main sur son noble front : «J'avais là quelques pensées utiles à mon pays... mais, dit-il enfin avec la résignation du chrétien et de l'Orienlal , Dieu a eu d'autres desseins ! » Le lendemain de ses funérailles fut un jour funeste à la Grèce. Mais Théroïsme des Souliotes rappela , dans ces moments de deuil, les hauts faits des Thermopyles. Lambros-Véicos ne succomba qu'après avoir tué douze Albanais. Yananglis, George et Costas Tzavellas , Photoussis Photomaras, Paskhos Kosmas, chefs de Souli, expirèrent avec leurs pal-licares , au milieu de six cents cadavres :

On dit qu'en les voyant couchés sur la poussière. D'un respect douloureux saisis pour tant d'exploits, L'ennemi , l'œil fixé sur leur face guerrière , Les regarda sans peur pour la première fois * !

Toussas Botzaris, couvert de sang, ayant essayé en vain de rallier les fuyards, versa des larmes de rage et se précipita au plus épais des bataillons musulmans. George Dracos, n'ayant pu comme lui trouver la mort, fut fait prisonnier ainsi que le Cretois D. Kalergis, aujourd'hui général et ambassadeur en France. Conduit devant Reschid , Dracos lui dit avec la fière hauteur d'un véritable fils de l'Albanie : a Je suis George Dracos , mon sabre a tranché la tête de plus de cent Turcs. Délivre-moi de la vie sans plus tarder. » Le sérasker lui ayant répondu avec ironie que le padishah serait charmé de le voir à Stamboul : — «Ne sais-tu pas, répondit Dracos, qu'on ne dispose pas d'un homme libre comme d'un esclave?» Et il se tua avec un poignard caché sousl ses vêtements (mai 1827).

Après cette funeste journée , qui entrama la reddition de l'Acropole, Cochrane partit pour Hydra avec la flotte. Le généralissime Church et

* Casimir Delavigne, Messéniennes.

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