‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 46 sur 339 · PARTIE IT. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE IT. — LIVRE V

Nikitas déployèrent, pour sauver les restes de l'armée, une fermeté et un calme que Dumouriez et Napoléon n'avaient point montrés après Nerwinden et après Waterloo. Mais la Providence permit que Tannée 1827, qui semblait devoir être si fatale aux chrétiens orientaux , amenât un accord définitif entre les trois puissances qui semblent personnifier les trois grandes Églises deFEurope, la Russie, TAngleterre et la France. Cette année n'était pas écoulée que le comte Haiden, sir Edward Codrington et le comte de Rigny vengeaient à Navarin les injures de la chrétienté trop longtemps outragée. On a dit que les puissances avaient abusé de leur supériorité. Mais lorsque FÉgypte, l'Algérie, Tunis, l'Albanie et la Bosnie musulmanes, la Syrie, etc., s'étaient réunies pendant tant d'années pour écraser une poignée de chrétiens, est-ce que les Mahométans avaient montré quelque souci des droits des faibles? Qui abuse de l'épée, périra par l'épée * ! En outre , quelques écrivains anglais et français ont regardé comme « impohtique » la part que leurs gouvernements ont prise

* Saint Matthieu , XXVI , 52. Le texte est même plus rigoureux.

à la bataille de Navarin. De nos jours, des Français ont également reproché à la France, Magenta et Solferino. Les deux grands pays qui, en 1688 et en 1789, ont appris aux peuples à briser le joug des pouvoirs arbitraires, n'écouteront jamais, je Tespère, les esprits peureux qui voudraient les faire rougir des actes les plus glorieux de leur histoire.

Lorsque le canon de Navarin annonça au monde la défaite de la barbarie, Capodistrias , nommé président de la Grèce par rassemblée de Trézène, n'était pas encore arrivé. Quand il prit possession de ses fonctions (janvier 4828), l'accueil bienveillant qu'il reçut à Naupli ne le décida pas à y laisser le siège du gouvernement, qu'il transporta à Égine. On dirait qu'un pressentiment lui faisait redouter le séjour de Naupli. En effet , lorsqu'il eut rendu à cette ville le titre de capitale de la Grèce, il y termina sa vie de la manière la plus tragique. J'ai vu, dans l'un des pieds-droits de la porte de l'église de Saint-Spiridion , la trace de la balle qui l'a frappé (9 octobre 1831). L'acronaupli, que les Turcs nommaient Itschkalé, servait de prison à l'ancien bey de la Maïna, Pierre Mavromikhalis , lorsque

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