PARTIE II. — LIVRE V
deux membres de sa famille, Constantin et George, assassinèrent le président. Janakhi, son frère, était détenu dans une autre forteresse, le Palamidi , qui sert encore de prison. Les criminels qui y sont enfermés travaillent à confectionner des couvertures qu'on fait feutrer à Lerne. Rien de mieux. Le châtiment se concilie ainsi avec rintérêt social. Mais en est-il de même quand on applique la peine de mort ? Le peuple grec le croit si peu que les bourreaux — légitime objet d'horreur universelle — ne sortiraient pas sans danger du fort Saint-Théodore ou Bourdzi , construit par les Turcs sur un îlot isolé ^ en face de la ville. L'antipathie que la peine de mort inspire aux Hellènes est digne d'un véritable esprit chrétien. Les Orientaux sont, en général, hostiles à la peine de mort et ont une invincible répugnance pour les échafauds. Cette peine n'existe plus en Roumanie. En Russie on a songé plus d'une fois à l'abolir. L'Occident a d'autres idées. L'Angleterre pend; la France guillotine; l'Espagne a l'horrible garrot; la Suisse décapite, etc., sans que les malfaiteurs tiennent grand compte du supplice de leurs pareils. En Roumanie, où il n'y a, Dieu merci! ni
gibets ni coupe-têtes , les assassinats sont infiniment plus rares qu'en Angleterre et en France. Quel parti le grand empire occidental ne pourrait-il pas tirer des vies qu'il sacrifie imprudemment , comme s'il n'avait pas tant de professions insalubres, tant de marais pestilentiels à dessécher à Cayenne, tant de terres brûlantes à fertiliser en Afrique, tant de tâches périlleuses à accomplir! Mais l'exemple! dira-t-on. Jamais les homicides n'ont été plus fréquents en France qu'au dix-huitième siècle où on se faisait un jeu odieux de l'existence humaine*. Il en était de même en Angleterre*. Le sang donne aux multitudes le goût du sang. On a pu s'en convaincre en 1793. Ce peuple, élevé au pied des potences et des roues, s'imaginait qu'il n'y aurait jamais pour lui ni justice ni patrie , à moins que la lanterne et la guillotine ne fussent un perpétuel épouvanlail pour les ennemis de son pays. Une ville militaire telle que Naupli doit avoir des monuments consacrés aux guerriers et à la guerre. Sur une des places rectangulaires qu'on trouve dans la partie basse de la cité, est
* Voy. les Mémoires de Tavocat Barbier.
• Voy. Macaulay, GuiUaume IIL