‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 48 sur 339 · PARTIE II. — LIVRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE V

le monument funéraire de Dirailri Ilypsilanlis. Sur Fautre est l'arsenal, où Ton conserve une cinquantaine d'étendards turcs. Dans une Église oorarae la nôtre, où le christianisme et la patrie se donnent fraternelleinent la main^ j'aimerais à voir ces drapeaux suspendus aux voûtes de la cathédrale d'Athènes , penchés devant la croix de celui qui a , du haut du gibet des esclaves , annoncé la libération du monde.

Jô vis dans l'arsenal uiie salle immense qui contient une collection d'armes de différentes espèces et un dépôt d'armes qu'on travaillait à remettre en état. On ne se contente pas de réparer les vieilles armes, on en fabrique de nouvelles, des pistolets et des carabines, même des fusils Minié. Les ouvriers me parurent habiles et intelligents. Ils se servent, pour polir les armes, de l'émeri de Naxos, produit important du sol hellénique, qui contient des montagnes de ces innombrables coquilles antédiluviennes réduites en une poussière sans laquelle est impossible le poliment des métaux. Dans le magasin de poudre^ on m'en a montré, fabriquée sur les lieux, qui est de bonne qualité. On doit regarder l'importance que la Grèce attache à ne dépendre pour

la fabrication des armes et de la poudre d'aucune autre puissance , comme un trait de haute prévoyance politique. Les armes sont aussi nécessaires que le pain à une nation qui tient à son indépendance. Or il p^ut arriver que les calculs inspirés par la théorie, tant de fois démentie, qu'on nomme «Téquilibre européen,» empêchent les armes et les munitions de guerre d'arriver sur le sol hellénique. Dans un temps où la qualité des armes décide en partie du sort des combats, où les canons rayés valent les meilleurs bataillons , un peuple ne saurait négliger de s'occuper d'une question qui peut exercer sur son avenir une influence décisive.

Sur la place où l'on a bâti l'arsenal, est la maison occupée par le président, qui a été depuis — 25 janvier (ou 6 février 1833) jusqu'au 1er janvier I835 — la résidence du roi. Cette habitation vaste, mais fort simple et percée d'un passage public , prouve que Capodistrias vivait d'une manière modeste, complètement en rapport avec la situation d'un pays cruellement éprouvé par une guerre d'extermination. Un monument élevé dans le faubourg de Pronia rappelle que pendant le séjour d'Othon I^r, un corps bavarois

Page 1