PARTIE II. — LIVRE V
Hais cette démonstration suppose un enseignement, enseignement qu'il est essentiel de créer, non-seulement en Grèce, mais dans toute FEurope orientale.
Tyrinthe fut, dit-on, construite en 1710 ou au moins en 1379 avant Jésus-Christ. La légende en fait le séjour d'Héraclès pendant son enfance et le lieu où il amena les troupeaux enlevés à Géryon. Le combat du fils d'Alcmène contre Géryon , fils de Chrysaor (la foudre) et de Callirhoé (la pluie), n'est qu'un épisode de la lutte des dieux contre les géants. Géryon ressemble à ces Asouras dans lesquels la poésie védique personnifie les vapeurs qui s'élèvent de la terre après les pluies d'orage. Mais Héraclès ne préserva nullement la cité où s'étaient écoulées ses premières années, de la fureur des Argiens qui transportèrent les habitants à Argos (468 av. J.-C). Lorsque Pausanias visita la ville nommée par Homère «Tyrinthe environnée de murs,» ces murs avaient bravé tous les affronts du temps. «Ils sont, dit le célèbre voyageur, construits en pierres brutes , toutes d'une telte dimension, que deux bœufs attelés au joug n'ébranleraient pas même la plus petite. Les interstices
sont remplis par de plus petites pierres qui servent de liaison aux grosses.» L'acropole, autour de laquelle était construite cette cité digne d'une race que l'imagination aimait à supposer gigantesque, subsiste encore. Le mur d'enceinte de cette forteresse a, en général, six mètres d'épaisseur, et, dans quelques endroits, plus de sept. Une galerie ogivale formée de cinq ou six assises attire spécialement l'attention. A l'entrée de cette galerie on apercevait les jardins, les blanches maisons de Naupli et le golfe.
Le Français, établi sur les terres de l'ancienne ferme-modèle, avait vécu aux environs de Lucques. Il prétendait avoir vu en Toscane des monuments pareils aux ruines que j'avais sous les yeux. J'ai pu depuis me convaincre que cette assertion n'avait rien d'exagéré. Les murs de Volterra rappellent ceux de Tyrinthe , et les chambres sépulcrales le trésor d'Airce à Mycènes. Le district sauvage qui sépare la Toscane de l'État pontifical offrirait bien d'autres termes de comparaison. Mais l'Italie étant, comme la Grèce, un pays dont les origines sont essentiellement pélasgiques, des analogies de ce genre sont très-faciles à expliquer.