‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 51 sur 339 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lies iles argienneii.

Il était près de onze heures du soir lorsque je quittai Naupli pour monter sur le bateau à vapeur YOthon. Je me félicitais d'avoir une nouvelle occasion de voir ces îles helléniques dont l'aspect m'avait surtout frappée lorsque j'admirais dans le golfe de Patras les belles îles Ioniennes dont les montagnes se dressent à l'horizon dans la direction du couchant. Dans la mer Egée, il ne faut pas trop se préoccuper des souvenirs de l'antiquité qui arrachaient au poëte Antipater cette exclamation mélancolique : « Iles tristes et solitaires qu'entoure la mer Egée de sa

ceinture retentissante pour vous l'éclat des

jours passés s'est évanoui.» Le voyageur qui s'arrache à l'obsession de ces souvenirs , se plaît

à contempler dans le lointain les îles azurées qui rappellent les «roches bleues» d'Euripide. Quand on en approche, le sol gris, ferrugineux ou noirâtre , resplendit tellement aux feux du jour qu'elles paraissent lancer des reflets d'or ou de pourpre, et qu'elles ressemblent, ainsi que le dit Denis le Périégète, à des étoiles semées dans les vagues d'azur des espaces infinis. D'ailleurs , là où la nature ne ravit pas les regards, l'intelligence est assez occupée pour songer médiocrement à l'aridité des rochers. En parcourant Spetzia et Hydra , on n'éprouve aucun besoin d'avoir sous les yeux les riantes vallées de Naxos. On dirait, au contraire, que ce sol dévoré par le soleil est en complète harmonie avec les terribles marins qui promenaient la flamme et le fer sur les flottes des sultans , et que les Bobolina , les Miaoulis , les Tombasis , les Sakhtouris , les Criésis , les Tsamados , les Pépinos ne pouvaient pas naître dans les fertiles vallons de Thasos et d'Imbros. Un roc tel que Psara ne semblait-il pas un berceau plus digne de Canaris que la molle et pacifique Chios?

Les Hellènes ayant toujours été un peuple de marins, il était naturel que les îles jouassent le

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