PARTIE m. — LIVRE I
la mer sont entourées de jardins. On devait faire une station dans le port pour prendre des passagers, et bientôt je vis arriver M. A. d'Ozérof , minislre plénipotentiaire de Russie à Athènes. La conversation s'engagea naturellement sur la guerre de l'indépendance dont M. d'Ozérof, diplomate aussi instruit que spirituel, admirait les héros et dont il recueillait volontiers les
souvenirs.
Le capitaine eut l'obligeance de me permettre
d'aller saluer la terre natale d'une des héroïnes les plus célèbres de l'Orient chrétien. Je m'arrêtai d'abord chez des parents de Bobolina , où je fus reçue par une dame en grand deuil , qui semblait avoir été très-belle. Lorsque nous eûmes pris du café et goûté de ses confitures, elle chargea son fils de nous conduire dans la maison de Bobolina. J'entrai dans une grande salle entourée de sophas. M. Nicolas Boboli, fils de l'héroïne, portait le costume des îles, le fess^ une veste courte , un large pantalon gros bleu à plis innombrables et une ceinture rouge. Sa femme avait aussi le costume du pays. Sa tête était entourée d'un mouchoir jaune clair accroché sur le menton , et dont les deux bouts étaient atta-
chés par derrière. M. Boboli me promit devenir deux jours plus tard à Athènes, de m'y raconter la vie de sa mère et de m'apporter son crâne.
D. Boboli, ayant pris du service en Russie, fut tué par les Français dans la campagne de 1812. Comme il était riche , le sultan crut que sa mort lui fournissait une occasion favorable de s'emparer de ses biens. Mais sa veuve alla défendre ses droits à Constantinople , où l'ambassadeur de Russie^ comte Stroganov, diplomate fort distingué, que j'ai connu aveugle à Pétersbourg, et qui défendit les intérêts des Hellènes avec une fermeté incontestée, la prit sous sa protection et jQt respecter sa fortune. De retour à Spetzia, Bobolina n'y trouva pas le calme. Les marins de Spetzia etd'Hydra, très-disciplinés en mer, se livraient à terre à une turbulence digne de leur origine albanaise. Le sang actif des Chkipétars les exposait à des querelles perpétuelles. Bobolina n'était pas plus paisible que ses compatriotes ; elle prit part aux querelles qui divisaient l'île et s'arma pour défendre ses amis. Le gouvernement turc, inquiet de ces troubles , l'appela à Constantinople, où la protection de l'anibassade russe la mit de nouveau à l'abri de toute vexa-