PARTIE III. — LIVRE I. H
couverts, selon l'usage turc, elles lançaient des regards de mépris sur les ghiaours noirs de poudre et couverts de sang qui se pressaient dans le palais déjà livré à l'incendie. Bobolina prit ces pauvres femmes sous sa puissante protection. Elles furent, grâce à elle, conduites dans une maison où on les garda jusqu'à l'arrivée des 400,000 fr. que Kourchid-pacha fournit pour leur rançon. Mais le vieux général, sachant qu'elles s'étaient , pendant leur captivité , trop attachées au fils du bey des Maïnotes^ A. Mavromichalis , les fit, dit-on, noyer dans des sacs.
Après la prise de Tripolis , Bobolina retourna ^ au blocus de Naupli. Elle déploya dans ce long siège les talents d'un amiral et d^un diplomate. Elle montra surtout une grande énergie à l'époque où Mahmoud-Dram-Ali se précipita sur TArgolide avec sa redoutable armée. La conquête de Naupli , qui succomba à la fin de 4822, doit être surtout attribuée à Bobolina et à l'intrépide Stoïkos , qui commanda l'assaut du côté de la terre. Cette conquête livrait à la Grèce 400 canons de bronze, dont 10 du calibre énorme de 64, et de plus , une ville forte, un port militaire
à l'abri de toute surprise, en un mot une position exceptionnelle , où le gouvernement n'avait plus à craindre d'être obligé de fuir devant les Turcs.
Soyez unis, ô Grecs, ou plus d*un traître Dans le triomphe égarera vos pas.
Il est difficile de ne pas répéter ces vers en songeante la fin déplorable qui termina la noble carrière de Bobolina. Une de ces querelles personnelles qui avaient déjà joué un trop grand rôle dans la vie de l'héroïne, fut la cause de sa mort. Un compatriote et un parent lui tira un coup de pistolet, après l'avoir appelée à la fenêtre comme pour parlementer. La balle lui perça le front et brisa son crâne en deux morceaux. Ce crâne est petit et d'une forme très -régulière. Lorsque M. Boboli vint me le montrer à Athènes , je lui demandai si on lui avait rendu la fortune considérable que sa mère avait employée au service de la Grèce. Il me répondit tristement que la famille de Bobolina était restée dans la misère , sans que les hommes qui s'étaient succédé au gouvernement aient jamais paru s'en préoccuper. Il n'est pas nécessaire d'aller en Grèce pour as-