PARTIE in. — LIVRE I
pré du brûlot dans le gréement du navire turc , échapper à temps et aux boulets des Musulmans et à l'explosion du brûlot. Aussi choisissait-on toujours pour ces expéditions les marins les plus intrépides.
Les cruautés inouïes que les Turcs commirent en 18SS dans la mer Egée , achevèrent d'exciter contre eux la juste colère des insulaires.
Chios n'avait pas montré la même résolution queSpetzia^ Hydra et Psara. Les habitants de cette île y sans se montrer hostiles à la Grèce et tout en faisant des vœux pour le triomphe des chrétiens , avaient cru pouvoir garder la neutralité K De longs malheurs avaient rendu défiants ces insulaires, que d'ailleurs le voisinage de FAsie-Mineure , dont l'île n'est séparée que par un canal, exposait à de terribles représailles.
Pendant près de cinq siècles (4093-1566), leurs annales ne sont qu'un long martyrologe. Vénitiens , Génois , Turcs , Français , Catalans , tous viennent fondre sur Chios pour la ravager. Déjà en 1305 , les Turcs y commettaient d'affreux massacres. Les flottes de Bayézid-le-Foudre (Bajazet I«r) lui causèrent de grands maux. L'a-
* M. A. Vlastos a écrit l'histoire de Chios.
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mirai de Souléiman (Soliman-le-Législateur) s'en empara en 1566. Malgré la conquête, les Cbiotes surent conserver , pendant deux siècles et demi, les franchises que leur avait accordées Souléiman, et gagner, avec une ténacité singulière, tous les privilèges qu'ils pouvaient obtenir. En réalité leurs magistrats étaient maîtres, et la prospérité éclatante de leur île faisait un contraste remarquable avec la misère croissante des provinces de l'empire ottoman *. Cette prospérité favorisa le développement intellectuel des insulaires , et Cbios est justement ûère d'avoir produit des bommes tels que Alex. Mavrocordatos ', Coraï et Néopbyte Vamvas , qui a été professeur de pbilosopbie à l'Université d'Atbènes. Les malbeurs de File commencèrent le jour (mars 1822) où les Samiens et les Cbiotes émigrés tentèrent d'enlever Cbios aux Turcs. Ceuxci , un moment battus , se retirèrent dans la citadelle. Vingt jours après, la flotte du capudanpacba Kara-Ali venait à leur secours. La ville
* Olivier, Voyage dans l'Empire ottoman^ Paris, an IX, H, 140, atteste cette prospérité.
* Sur ce grand-interprète, voy. Tournefort, Voyage au Levant , n, 228.