‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 63 sur 339 · PARTIE HT. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE HT. — LIVRE I

Toute l'Europe applaudit à rbéroïsme du capitaine psariote qui s'attaqua résolument au vaisseaa-amiral. Cet énorme navire était joyeusement illuminé et resplendissait d'une multitude de lumières de diverses couleurs. La tête et les mains du philhelléne français Baleste, intrépide défenseur de la Crète , servaient de jouet à ses féroces vainqueurs , qui se dédommageaient dans une oi^ie nocturne du jeûne imposé par le ramadan (carême musulman). Le bruit des timbales barbares se mêlait au roulement des tambours et aux éclatantes fanfares des clairons. Cependant le peuple de Psara veillait en prières, les yeux tournés avec anxiété du côté deChios... Tout à coup l'incendie brille aux yeux des Turcs ivres de sang , comme un éclair vengeur, et les hurlements du désespoir succèdent au tumulte d'une joie farouche. La lueur de la flamme qui dissipa pendant trois quarts d'heure l'obscurité des nuits, annonça jusqu'à Smyrne que le ciel avait châtié les meurtriers. Enfin, le vaisseau sauta en l'air avec les 2280 hommes qu'il portait. Le capudan-pacha et 180 marins parvinrent seuls à gagner la côte asiatique. <c Le Christ est vainqueur» ! avait crié Canaris dans l'enthou-

siasme de la victoire. Pénétrée du même sentiment , Psara voulut célébrer le triomphe de ses enfants comme une fête religieuse , comme un nouveau succès de la croix sur la barbarie. Lorsque Canaris et ses compagnons débarquèrent, le son des cloches se mêla au bruit des canons. Les marins intrépides , que tous contemplaient avec une admiration émue , se rendirent en silence et nu-pieds au temple de TÉternel, afin de remercier le protecteur de la Grèce de la victoire qu'il avait accordée à trente-quatre héros sur des hordes d'esclaves. Les fiers primats d'Hydra ne firent pas un accueil moins enthousiaste à leurs braves compatriotes. Lorsque Pipinos prit terre à Hydra et annonça aux sénateurs la victoire des Hellènes , Lazare Condouriotis , leur président , lui offrit son siège : « C'est à toi , dit-il , et à Canaris à prendre plape ici ; vous êtes devenus plus grands que nous en sauvant la patrie. »

Kara-Méhémet, chargé de remplacer Kara-Ali, qui avait succombé sur le continent à la suite de ses blessures , n'osa rien entreprendre dans le golfe d'Argos pour seconder l'expédition de Dram-Ali. Quoiqu'il eût quatre-vingt-quatre vaisseaux, il

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