PARTIE III. — LIVRE II
chargés de rédiger la constitution , et lorsque cette constitution fut achevée (janvier 1822), elle appela M. Mavrocordatos à la présidence du «pouvoir exécutif, » et nomma Théodore Négris président du « conseil des ministres , ^ conseil où siégeait Coletti , tandis qu'elle se contentait de confier à D. Hypsilantis les fonctions assez insignifiantes de. président du € sénat, i Ces choix, où rélément civil prédominait visiblement , n'étaient pas de nature à plaire au parti militaire dont Hypsilantis avait été un moment le représentant principal. La constitution, il faut l'avouer, plus préoccupée de la liberté que de
l'ordre, n'avait pas d'ailleurs tenu assez de compte des nécessités de la guerre et de l'état où une longue servitude avait maintenu les esprits , en un mot les Républicains d'Épidaure , comme les Constituants français de 1789, avaient agi en philosophes plutôt qu'en politiques. Aussi le gouvernement, trop faible, se montra- t-il hors d'état et de faire exécuter les décrets du congrès et de diriger d'une main ferme les affaires de la Grèce.
Lorsqu'une nouvelle assemblée se réunit au village d'Astros (avril 1823), le costume des
députés , qui n'avaient d'autre abri que Tombre des citronniers, d'un jardin , donnait à l'observateur le moins attentif une idée de la diversité des éléments qu'il devenait nécessaire de concilier. Les primats de la Morée, coiffés d'une espèce de turban, se paraient avec une gravité solennelle, sous un soleil brûlant, d'une pelisse doublée d'hermine; les rudes Maïnotes, aux longs cheveux flottants , portaient de larges culottes pareilles à celles des Kosaks ; à côté des sénateurs d'Hydra, habitués par leurs voyages lointains aux mœurs de l'Occident, apparaissaient des capitaines rouméliotes qui ne connaissaient guère d'autre genre d'existence que la vie des klephtes de la montagne; près de chefs vêtus, ainsi que D. Hypsilantis comme les officiers de presque toute l'Europe , Théodore Colocotronis , fier de la prise de Tripolis et de ses succès sur cette terre argienne où se tenait le congrès , étalait avec orgueil le splendide vêtement militaire des Albanais. L'assemblée, essayant de rapprocher des partis dont les luttes avaient troublé l'année précédente, compril dans les cinq membres du pouvoir exécutif le prince de la Maïna, P. Mavromichalis ; le primat pélo-