‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 85 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

Lorsque le Parlement de Trézène décréta que le gouvernement de la Grèce serait confié pendant sept ans à un Président, il avait eu pour but de faire cesser des dissensions qui faisaient courir aux Hellènes plus de danger que les armées du padishah. On a vu que ce moyen n'avait pas empêché des catastrophes de toute espèce. En effet, le Président, fidèle aux lenteurs de la diplomatie, avait essayé à Pétersbourg, à Londres et à Paris, de s'entendre avec les trois grandes puissances qui s'intéressaient au sort des Grecs. Aussi n'arriva-t-il en Grèce qu'au commencement de 1828 ! Le temps précieux qu'il perdit en négociations assez stériles ne fut que trop bien employé par les Turcs, qui triomphèrent devant Athènes. J'avouerai pourtant qu'il semblait essentiel de choisir un président qui fût resté étranger aux luttes, déjà singulièrement acharnées , des chefs qui se disputaient le pouvoir avec une ardeur qu'exph'que seule la vivacité des passions méridionales. Mais le choix d'un personnage attaché depuis si longtemps à la Russie ne devait-il point paraître un triomphe du parti russe sur les deux autres et entretenir dans leur sein une sourde irritation? En outre ^

168 ÉGINE ET SÂLAMINE.

les héros de l'indépendance ne pouvaient-ils pas craindre qu'un homme d'État , habitué à servir les vues d'un souverain absolu, n'essayât de faire prévaloir en Grèce des maximes médiocrement constitutionnelles? Cette inquiétude était aggravée par les circonstances ; car on sait que , dans les années qui précédèrent la révolution si légitime de juillet 1830, le despotisme faisait des efforts désespérés pour dominer l'Europe entière. Charles X aussi bien que Nicolas 1»^ François d'Autriche comme Frédéric - Guillaume III de Prusse étaient complètement d'accord dans la pensée d'étouffer toute idée libérale. On a prétendu que le Président, en arrivant en Grèce, n'avait pas d'autres vues. Les antécédents de Capodistrias prouvent-ils réellement qu'il prit les rênes du gouvernement après avoir accepté de l'empereur Nicolas une mission de ce genre ? La question est assez grave pour mériter d'être examinée. Aussi l'a-t-elle été par un grand nombre d'auteurs. Outre les écrivains hellènes qui ont étudié la vie du Président, surtout MM. André Papadopoulos-Vrétos S Stamati

* Mémoires biographiques et historiques sur le Président de la Grèce, J, Cc^odistrias, Paris 1937.

Page 1