PARTIE III. — LIVRE II
de Bukarest, exilé par Ali-pacha , le mit en rela« lion avec les chefs du Pinde et de TOlympe, qui venaient passer Fhiver à Corfou. Leurs confidences y quoique fort incomplètes , apprirent à Capodistrias que la Grèce était loin d'être découragée > et lui donnèrent une grande idée des forces dont elle pourrait disposer dans le cas où un soulèvement national viendrait à éclater. Mais , comme une insurrection immédiate n'était pas probable, il fut obligé d'opter entre la France et la Russie lorsque le traité de Tilsitt livra les iles Ioniennes à l'empereur des Français. Dans les gouvernements autocratiques , le souverain est tout. Or quel patriote aurait pu reprocher à Capodistrias d'avoir préféré Alexandre I^r, no-, toirement favorable à la Grèce, au restaurateur de la papauté* , au prince qui se servait du nom des Hellènes comme d'une injure?
Le gentilhomme ionien , admis dans la diplomatie russe , n'y occupa que des fonctions secondaires jusqu'en 1812. Dans la lutte qui s'engagea alors entre Napoléon et la Russie , il montra tant d'activité et d'intelligence, qu'Alexandre !«' le
* La constitution civile du clergé abolie par le Concordat était complètement conforme aux idées de TËglise orientale.
chargea d'une mission fort délicate auprès de la Confédération helvétique. L'acte de médiation qui avait lié la Suisse à la politique du maître de rOccident étant évidemment compromis par les victoires des alliés, elle se voyait livrée à des agitations de toute espèce. Les cantons émancipés depuis la révolution française étaient menacés de retourner à leurs anciens possesseurs * . En outre, le parti aristocratique , qui prévoyait un changement, se disposait à s'abandonner aux ardeurs inséparables des réactions. Capodistrias , qui avait compris aux îles Ioniennes combien est difficile la position d'un petit État, environné de grandes puissances rivales, sut se concilier en même temps la confiance du gouvernement fédéral et des autorités cantonales. En proposant aux confédérés de rester neutres entre Napoléon et ses adversaires, il avait donné une preuve éclatante du caractère bienveillant de la mission secrète dont il était chargé. Malheureusement les puissances, obéissant presque toutes à des idées incompatibles avec l'esprit du temps , tenaient à favoriser par la présence de
/ Je me borne à indiquer ici des faits que j'ai expliqués dans la Suisse allemande.