PARTIE m. — LIVRE II
leurs troupes sur le territoire helvétique la restauration de l'ancien régime. Les alliés demandèrent donc l'autorisation d'entrer en Suisse , et le prince de Schwarzenberg , en franchissant le Rhin au pont de Bâle , montra comment la coalition comprenait la neutralité de la Suisse.
Cependant Capodistrias , qui n'avait consenti qu'avec peine à cette violation du territoire helvétique> s'était rendu auprès de Tempereur Alexandre afin de lui faire goûter ses idées sur la situation de la Confédération. Alexandre, qui avait eu pour précepteur un o£Scier vaudois , le colonel Frédéric - César Laharpe, et qui avait beaucoup d'affection pour un célèbre écrivain militaire du cantçn deVaud, M. le général Jomini, devenu son aide de camp , Alexandre qui favorisait alors les idées libérales, comprit aisément qu'il était aussi impossible de restaurer les cantons souverains que la vieille aristocratie suisse. Les adversaires les plus décidés de Capodistrias ont rendu hommage à la politique éclairée qu'il suivit en Suisse lorsque Alexandre I^r l'y renvoya comme ambassadeur de Russie. «On lui doit cette justice, dit M. A. de Gobineau, qu'il ménagea habilement tous les intérêts et acquit des
droits à la reconnaissance des nouveaux États par les sentiments libéraux dont il fit preuve et dont il assura le triomphe. » Il ne montra pas moins de sagesse au congrès de Vienne où se décidèrent les destinées de la France envahie. Entre les colèi\es de TAUemagne , les convoitises de l'Angleterre et la France accablée par les forces de TEurope coalisée contre Napoléon , il sut rester fidèle à la ligne tracée par la prudente modération d'Alexandre. Cependant on a lieu de croire que , s'il eût été livré à ses propres inspirations , il eût été moins sage que l'empereur de Russie. Son principal mérite est donc d'avoir exécuté avec intelligence les instructions qu'il avait reçues. Il semble qu'on ,ne doive pas non plus le louer beaucoup d'avoir réclamé pour les îles Ioniennes, sa patrie, le protectorat d'un État constitutionnel. La Russie excitait tellement l'inquiétude de ses alliés, qu'on ne lui eût pas accordé l'autorité qu'elle avait autrefois exercée dans ce pays. Le plénipotentiaire d'Alexandre devait donc choisir entre l'Angleterre et l'Autriche. Or l'empereur aimait mieux voir la Grande-Bretagne sur les côtes de l'Albanie et de la Grèce qu'une puissance déjà établie dans la