PARTIE II. — LIVRE IV
lés, en beaucoup d'endroits exposée aux inondations ^ Mais, a dit Montesquieu , « les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité , mais en raison de leur liberté.» Or, grâce aux libertés communales, qui remontent dans les Flandres à la plus haute antiquité, la culture n'a cessé de s'y étendre , de s'y perfectionner et en même temps de se diviser. Aujourd'hui, grâce à l'introduction des plantes industrielles, qui exigent beaucoup de main-d'œuvre, on se croirait dans un jardin. On a peine à s'imaginer que cette contrée ait été autrefois à peu près stérile. Jamais les champs ne sont déserts, jamais la terre ne se repose. Aussi les résultats sont-ils prodigieux. Le chiffre des têtes de bétail est plus élevé qu'en Angleterre même. La population, la plus dense de l'Europe , subsiste sur un sol pour lequel la nature n'a rien fait et elle exporte pour une valeur notable de produits agricoles. En 1859, la Flandre occidentale seule a expdrté une valeur de près de 20,000,000 fr. Par Ostende seulement on exporte 4,250,000 lapins. Cependant la subdivision du sol semble poussée à l'ex-
* Voy. Houzeau, Géographie physique de la Belgique; Belpaire, Sur la plaine maritime de la mer du Nord.
trême , et Ton a remarqué que la terre y produit d'autant plus que l'exploitation a moins d'étendue. Le capital est aussi relativement plus considérable sur les petites exploitations que sur les grandes. Où le paysan prend-il tout cet argent? La réponse est dans le proverbe flamand : De spa is de goxidmyndes 6o3m(la bêche est la mine d'or du paysan). La Lombardie n'ofire pas une division moindre de la propriété que les Flandres. Elle est peutêtre même plus divisée ; car dans les Flandres , souvent c'est plutôt la culture que la propriété qui est divisée, le même propriétaire louant par parcelles à divers fermiers. Aussi le paysan ne vit-il pas à l'aise comme en Lombardie. La Lombardie compte 350,000 propriétaires, c'est-àdire un propriétaire par huit habitants. L'étendue moyenne de chaque propriété est de six hectares et un cinquième. Malgré cette division du sol , la population en a tiré un tel parti , que les biens-fonds lombards représentent le capital énorme de 1,586,000,000 fr. Si l'on ajoute à cette somme l'argent employé dans le commerce et dans l'industrie , la richesse capitalisée de la province n'est pas moins de deux milliards. Jamais, sans cette prodigieuse opulence, la Lom-