PARTIE III. — LIVRE II
suivre Alexandre dans la voie où il s'engageait si imprudemment. Il renonça à la haute position qu'il occupait en Russie , pour vivre à Genève et à Lausanne, où il s'occupa de faire parvenir à ses compatriotes des secours en argent. Ces soins persévérants et le zèle qu'il montra pour l'éducation des jeunes Hellènes réfugiés en Suisse et en Allemagne attirèrent sur lui tous les regards, et déjà, en 1824, lorsque les dissensions funestes faillirent compromettre la cause de l'indépendance, il fut question de lui confier les rênes du gouvernement. Ses relations avec l'Occident étaient si intimes que les amis de MM. A. Mavrocordatos et Coletti pouvaient voir en lui un partisan éclairé de cette civilisation dont ils étaient les apologistes. D'un autre côté, l'attachement qu'il manifestait pour l'orthodoxie, et ses rapports, qui n'avaient jamais été interrompus, avec l'empereur Alexandre, rassuraient le parti qu'on a depuis appelé le parti russe ou napiste, du nom d'un certain Napa qui ût plus tard des discours en plein air en faveur du comte Augustin Capodistrias , frère du Président.
Lorsque les luttes intérieures décidèrent l'assemblée de Trézène à nommer Capodistrias pré-
sidenl de la Grèce, ce parti prit une importance qu'il n'avait jamais eue ; car à peine installé à Égine , le chef du gouvernement déclara nettement qu'il pensait que les Hellènes devaient préférer l'appui du grand empire orthodoxe à celui de la France catholique et de l'Angleterre protestante. La qualité de chef du parti russe , qu'on ne tarda pas à donner au Président , ne l'obligeait nullement à désavouer dans ses antécédents des manifestations qui lui faisaient un incontestable honneur. Ce mot « parti russe » n'avait pas en Grèce le sens que lui ont donné souvent en Occident des publicistes qui ne connaissent point le caractère de ces Hellènes qu'irrite le seul nom de Fallmerayer. L'idée d'un protectorat exercé par une grande puissance s'était présentée à plus d'un citoyen lorsque la Grèce envahie à la fois par les Africains, par les Asiatiques et par les bandes musulmanes recrutées dans la Turquie d'Europe, semblait dans une situation désespérée. On à vu que M. A. Mâvrocordatos luimême , dont le patriotisme n'est pas suspect , avait conseillé aux Hellènes d'accepter la suzeraineté de l'Angleterre. Après la mémorable journée de Navarin, personne n'eût osé mettre