‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 92 sur 339 · PARTIE III. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE III. — LIVRE II

Napoléon exerçait la même censure sur les ordres religieux. Il n'eût point consenti à laisser s'établir dans ses États des Jésuites ou des Dominicains. Les rois protestants d'Angleterre revendiquent également comme < défenseurs de la foi » une part considérable dans les affaires ecclésiastiques. Mais quel que soit le caractère de l'intervention du gouvernement russe dans les questions religieuses , elle s'arrête à la frontière de Tempire — ^ un très-petit État serbe , la Tsernagora, placé dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, ayant seul reconnu l'autorité du saint synode de Russie , afin de ne pas dépendre du patriarche autrichien de Carlowitz — parce qu'elle est essentiellement locale et qu'elle ne dérive d'aucun dogme. Cependant , comme l'empereur de Russie est le plus puissant des souverains orthodoxes, plus d'une fois les chrétiens de l'Église orientale se sont tournés vers lui quand ils redoutaient les intrigues des Jésuites ou le glaive des Musulmans.

Il ne faut pas perdre de vue qu'à l'époque où

Capodistrias prit les rênes du gouvernement, la

Compagnie de Jésus dominait à la cour de France.

La confiance étrange que Charles X avait dans

II

i82 É6INE ET SÂL AMINE.

les ûls de Loyola , dont l'action se fait maintenant sentir dans tout l'Occident , servait puissamment les vues du parti russe. Ce parti représentait aux Hellènes que les rois très-chrétiens ne s'étaient jamais résignés à l'indépendance religieuse des Églises orientales , et qu'ils avaient constamment secondé la propagande des Jésuites et de leurs affiliés en Orient. Se confier à des princes dociles instruments d'un prosélytisme odieux à tout l'Orient, n'était-ce pas s'exposer aux déchirements qui ont perdu les Bosniaques et les Albanais? L'Angleterre devait inspirer un autre genre d'inquiétude. On sait qu'elle veut conserver l'empire des mers et qu'elle est excessivement jalouse de toute marine qui peut lui faire une active concurrence. A ce point de vue, elle devait voir dans les habiles et entreprenants marins de la Grèce, dans les compatriotes des Miaoulis» des Canaris et des Sakhtouris , des rivaux qui pouvaient accaparer avec le temps la navigation de la Méditerranée. La Russie n'avait, disait-on, aucun de ces inconvénients. Puissance orthodoxe, elle ne pouvait voir de mauvais œil l'attachement de la Grèce à la foi de l'Église orientale. N'ayant aucun territoire baigné par l'Archipel

Page 1