PARTIE III. — LIVRE II
OU la Méditerranée, elle n'avait aucun motif d'entraver le développement de la marine hellénique. Ennemie naturelle de l'islamisme, contre lequel elle a lutté tant de siècles, elle devait sympathiser avec une nation qui voulait, à son exemple , se débarrasser définitivement d'un joug honteux.
Ces idées étaient assez populaires dans la Grèce de 1828. Le Président pouvait donc compter sur tous ceux qui préféraient la Russie à la France et à l'Angleterre. Cependant les Hellènes qui approuvaient sa manière d'agir, tels que Théodore Colocotronis, n'étaient pas toujours, à cause d'une turbulence fortifiée par une longue lutte , un appui bien solide pour un gouvernement dont le but avoué était « l'établissement de l'ordre. » On peut même afiirmer que le parti russe s'est, en général, signalé par son manque de docilité. Mais Capodistrias trouvait dans la classe moyenne beaucoup d'hommes qui, lassés des luttes intérieures,' des querelles que les prétentions des princes du Phanar , l'orgueil des chefs miUtaires, les ambitions des primats, les rivalités provinciales faisaient perpétuellement renaître , étaient disposés à soutenir énergiquement toute autorité
qui maintiendrait le calme. Ce parti qui , en subissant plus d'une transformation , a fini par conquérir tant d'importance , ne tarda pas à s'appeler « parti kyvernitique. > Confondu trop souvent, à cette époque de transition, avec le parti russe, il aimait dans Capodistrias , non point un des confidents d'Alexandre ou un favori de l'orthodoxie , mais l'administrateur exercé dont les talents et la fermeté lui faisaient espérer le rétablissement de la sécurité. Sans l'existence de pareilles dispositions dans un grand nombre d'Hellènes , qui mettaient le maintien de l'ordre au-dessus de toute considération, le Président eût trouvé de graves obstacles dès les premiers jours de son gouvernement. En effet, l'assemblée de Trézène n'avait nullement entendu lui confier un pouvoir dictatorial. Cependant la chambre législative fut dissoute sans obstacle et remplacée par une sorte de Conseil d'État nommé Panhellinion. Si MM. Mavrocordatos et Coletti, chefs du parti occidental, n'y furent point admis , on confia pourtant la présidence des trois sections du Panhellinion à des personnages considérables , à P. Mavromichalis , à Zaïmis et à Condouriotis. Enfin si le Président s'at-