‹ Excursions en Roumélie et en MoréeChapitre 95 sur 339 · PARTIE m. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE m. — LIVRE II

ractère , la religion — les Parlements assurent presque toujours une imposante majorité aux gouvernements qui les convoquent, et ils leur donnent ainsi une très-fausse idée des dispositions réelles de la nation. Malgré l'hostilité d'une partie de l'assemblée d'Argos , Capodistrias obtint du plus grand nombre des députés des concessions vraiment inespérées. Le sénat de vingtsept membres qui fut nommé par l'assemblée et par le Président, — vingt et un sénateurs devaient être pris sur une liste de soixante-trois candidats présentés par l'assemblée, les six autres choisis directement par le président, — le sénat n'avait voix délibérative qu'en matière de finances. En outre, MM. Mavrocordatos , Condouriotis et Goletti n'en faisaient point partie. Évidemment le Président voulait enlever toute autorité aux hommes politiques qu'il avait le plus d'intérêt de ménager. Mais un diplomate qui n'avait joué aucun rôle actif dans la guerre de l'indépendance, pouvait-il éliminer aisément les patriotes résolus qui avaient exposé leur tête? On a l'habitude en Occident de s'étonner des choses les plus simples quand elles se passent en Grèce. Pourtant dans quel pays voit-on ceux qui ont couru tous les

périls s*elfacer au jour de la victoire? Assurément les personnages éminents de la Révolution française , qui se sont déchirés les uns les autres avec une fureur inouïe , n'eussent point été capables de l'abnégation qu'on déplore de ne pas trouver chez les Grecs. Quel que soit le jugement qu'on porte sur l'insurrection hellénique , on ne pourra jamais dire d'elle, comme de la grande révolution occidentale , qu'elle a été impitoyable envers les vaincus. Les Montagnards vainqueurs envoyèrent les Girondins à l'échafaud; à leur tour les Montagnards furent décimés par les Thermidoriens , tandis que Coletti respecta pieusement dans Golocotronis un des héros de l'indépendance.

A peine le Président commençait-il à jouir des pouvoirs réellement extraordinaires qu'il tenait de l'assemblée d'Argos , que les puissances s'occupèrent de lui donner un successeur. La conférence de Londres du 40/22 mars 1829 avait décidé que la Grèce deviendrait vassale du padishah comme la Serbie et la Roumanie. Le Président, soutenu par l'assemblée, avait résisté énergiquement à cette décision. Les puissances ne croyant pas pouvoir triompher d'une opposi-

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