PARTIE m. — LIVRE II
sence même des gouvernements libres. Cette adoration produit nécessairement le césarisme ou l'autocratie, à Rome comme à Byzance, à Paris comme à Madrid. En religion, la même tendance rend la famille pélasgique esclave des grandes dominations sacerdotales (papauté ou patriarcats) et incapable de tout examen sérieux. Or ces instincts irrésistibles, comment les concilier avec les qualités qui font les nations libres? Susceptibles de colères violentes^ mais passagères , les peuples de cette race brillante , mais mobile, s'agiteront perpétuellement entre l'anarchie et le despotisme, et ne briseront leurs idoles que pour leur rendre le lendemain un culte plus passionné.
Le fatalisme serait la conséquence rigoureuse d'une pareille philosophie de l'histoire. J'avouerai volontiers que le catholicisme , qui oblige à regarder comme un article de foi la condamnation de toutes les libertés, ne saurait être concilié, pour peu qu'on ait quelque logique, avec un régime libéral. Mais les Latins, qui sont le plus ferme appui du catholicisme romain, sontils vraiment hors d'état de voir les imperfections du système théocra tique? Il suffit, sans parler
des temps modernes, de citer les noms d*Arnauld de Brescia, de Savonarola , de Zwingli*, de Calvin , de Théodore de Bèze , de Farel et de Viret pour indiquer les côtés vulnérables delà théorie qui l'affirme , théorie qui , du reste , ne paraîtra pas plus spécieuse aux citoyens de Neuchâtel , de Genève et de Lausanne , qui sont en même temps Latins et Réformés, qu'aux huit millions de Roumains qui repoussent l'autorité de la papauté*. La théorie que je combats est encore plus contestable quand il est question des Hellènes. Il serait assez singulier de déclarer le peuple qui, le premier en Europe, a repoussé les institutions despotiques de l'Asie, incapable de comprendre la liberté! La foi orthodoxe, qui n'a jamais anathématisé les principes libéraux, ne l'oblige en aucune façon à renoncer aux nobles traditions desespères. Quoiqu'elle n'accorde point , dans
' Wildenhausen où naquit le célèbre réformateur de la Suisse en 1484, appartenait encore à la Rhétie en 1310. Le domaine de la lan^e romansche s'étendait jusque-là.
*J'ai cru devoir insister dans les Roumains et la Papauté sur ce fait capital et trop oublié en Occident de Texistence d'une grande population latine refusant énergiquement et constamment de reconnaître la domination des papes. Ce seul fait lui assure une place à part parmi les peuples néo-latins.