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Classes
Si Fou tient compte de cette distribution du temps et si Ton songe que les élèves de la realschuley à mesure qu'ils grandissent, montrent moins d'empressement pour la culture classique, on ne sera pas étonné que les résultats ne soient
1. Tout le monde cependant^ même en Prusse, ne se soumK pas. Ainsi les deux grandes gewerbe-schulen de Berlin, qui sont de véritables realschuien par la valeur des études, continuèrent de tenir la porte fermée au latin.
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pas très satisfaisants. J'ai assisté à Berlin à une explication latine en prima : le livre était une chrestomalhre de Virgile, d'Horace et d'Ovide, précédée d'un certain nombre de sentences en vers destinées à être apprises par cœur, et suivie d'un glossaire. Les élèves, liésitant et trébuchant, parvenaient tant bien que mal à faire la construction d'une phrase d'Ovide ; mais on sentait que les conseils d'Apollon à son fils Phaéthon les intéressaient peu : le résultat, il faut le dire, n'était pas en rapport avec le nombre d'heures, après tout considérable, que les élèves avaient dépensé en huit ans pour cette étude *.
Le professeur, qui au fond était bien du môme avis, me donna cependant une raison en faveur du latin. S'il se trouve des élèves qui, à un moment quelconque de leurs études, sentent en eux la vocation littéraire, les ponls ne sont pas coupés derrière eux, ils peuvent se présenter au gymnase. Jusqu'à quel point ce cas, qui se produit de temps à autre, est-il de nature à justifier
1. Je Irouvc la conGrmalion de cette impression dans un document ofGciel. « C'est dans les hautes classes de la realschule que les résultais en latin sont les plus faibles : les élèves de prima en savent moins que ceux des clauses intermédiaires. Aucune realschule ne remplit l'obligation, qui lui est imposéepar les programmes, de mettre les élèves en état de lire Tite- Live, Sallasie, Horace.» {Pi'olokollc der im oclober 1873 gehaltcnon Conferenz^ p. 44.)
le maintien du latin sur le programme, c'est ce que je m'abstiens d'examiner.
Nous passons maintenant aux autres branches d'enseignement. D'abord l'allemand : on y consacre en général plus de temps que dans les gymnases. Aussi les élèves de la realschule arrivent-ils à composer des devoirs qui supportent la comparaison avec les travaux analogues de leurs camarades du collège latin. Le môme fait se produit dans les écoles supérieures de jeunes filles. Cela ne veut pas dire que ces compositions soient brillantes : la clarté dans la distributian du sujet, la netteté dans les idées, l'abondance et le choix judicieux des exemples, une certaine force de dialectique, sont les qualités qu'on s'attache surtout à obtenir. J'ai entre les mains un assez grand nombre de ces devoirs ; ce sont tantôt des explications de proverbes.: « 11 ne faut pas dire heureux jour, avant le soir, Audaces fortuna juvat », ou des récits qui se rapportent aux auteurs expliqués en classe et au cours d'histoire : la guerre de César en Espagne, — Rodolphe de Habsbourg, — ou bien encore des analyses de drames : Guillaume Tell, Emilia Galotti, Macbeth, Ces devoirs sont en général plus étendus que ceux qu'on demande en France aux écoliers. On donne plus de temps à l'élève pour les composer, et on exige qu'il y fasse en-
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trer le produit de ses lectures et de ses réflexions. Un écolier de troisième répond d'une manière sensée à cette question : « Que devonsnous au moyen âge?» Il énumère successivement, avec des exemples à l'appui, l'architecture gothique, la musique, la division de l'Europe en plusieurs États, la liberté politique. Un autre devoir a pour sujet : « Avantages et inconvénients de la position insulaire de l'Angleterre. » Les élèves vantent le climat, l'étendue des côtes, le nombre des marins, l'esprit d'entreprise; mais les Anglais ont le tort de trop négliger leur armée de terre. Un élève compare les caractères^ de Terzky et d'Illo dans le drame de Wallenstein, et montre comment ces deux personnages se distinguent l'un de l'autre dans la manifestation d'idées et de passions semblables. On constate en général dans l'expression une certaine vulgarité qui n'exclut pas l'érudition littéraire. Il ne faudrait pas trop se presser'de mettre ce caractère au compte de la realschule : on a pu voir plus haut qu'il se trouve aussi dans les compositions des gymnases.
Les maîtres cherchent à donner à l'allemand sa base historique en faisant dans les classes supérieures des leçons sur le moyen et sur le vieux haut-allemand, avec des notions d'histoire littéraire, depuis Ulfilas jusqu'à nos jours. Le
personnel des professeurs, composé en partie de philologues germanistes, est spécialement préparé à ce genre de leçons. Des cours de cette sorte, nécessairement un peu superficiels, mais propres à éveiller la curiosité, sont particulièrement à leur place à la realschule^ qui ne peut pas, comme le gymnase, se reposer, pour cette portion de Tinstruction des élèves, sur les leçons de l'université.
Tandis que le gymnase se contente d'une seule langue étrangère, à savoir le français, la reaU schule en enseigne deux, le français depuis la huitième, Tanglais à partir de la quatrième.
Quatre heures par semaine sont données au français pendant tout le cours des études; l'anglais obtient trois ou quatre heures. Je ferai observer en passant que ces élèves se trouvent placés dans une meilleure situation que les nôtres pour Tétude des langues, étrangères : l'allemand les prépare à l'anglais, le latin au français, A nos écoliers, l'allemand et l'anglais opposent de de tout autres difficultés.
Les mathématiques sont poussées plus loin qu'au gymnase : pour obtenir le certificat de maturité, qui à la vérité n'est pris que par un très petit nombre, les élèves doivent savoir résoudre les équations du premier, du second et du troisième degré, posséder la trigonométrie
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rectiligne, les éléments de la géométrie analytique et de la géométrie descriptive, ainsi que de la mécanique. En certaines realschulen^ on enseigne la trigonométrie sphérique et le calcul différentiel. Mais, je le répète, c'est là un couronnement ;d'études auquel arrive à peine un élève sur dix.
La botanique penclant Tété, la zoologie pendant l'hiver, sont enseignées depuis la huitième. La classe de botanique à laquelle j'ai assisté en sixième à Berlin est une des plus intéressantes que j'aie vues. Les écoliers avaient reçu Tordre de rapporter pour la leçon du lundi deux plantes à leur choix, mais à autant d'exemplaires chacune qu'il ï avait d'élèves dans la classe. Ils s'étaient entendus pour rapporter des coquelicots et des vicias villosas. Chaque enfant une fois pourvu (la classe en était toute fleurie), on procéda au déchiffrement. Un élève était appelé à répondre pour le coquelicot, l'autre pour la vicief^ villosa. Au commandement : comptez les feuilles! ouvrez le calice! on voyait toutes ces jeunes têtes se pencher avec attention, compter à voix basse, écarter avec précaution les folioles du calice. Il était aisé de voir qu'ils étaient déjà habitués à ménager leur plante, à exécuter leur dissection avec soin. — Combien y a-t-il de feuilles? Un élève répond : Dix, un autre : Douzej d'au-
très : Neuf, onze, treize. — On fixe alors une limite. Nous dirons que le nombre des feuilles n'est pas déterminé, et qu'il varie de huit à quatorze. Chaque propriété est inscrite au tableau, qu'on avait divisé en deux colonnes pour montrer les ressemblances et les différences des deux plantes. L'explication allait lentement, car chemin faisant le professeur disait ou faisait dire à ces commençants ce qu'est et à quoi sert la corolle, l'ovaire, la tige, la racine. Il rappelait aussi les .plantes vues antérieurement : un commencement de classification était donné. Les élèves, à qui il était défendu de prendre des notes, devaient rapporter par écrit pour la prochaine leçon ce qui avait été ainsi, constaté en commun. Le maître apportait à son enseignement une grande sévérité, ce qui ne l'empêchait pas de se laisser aller à des digressions et à des récits écoutés avidement par les enfants. Ainsi èd pavot donna Toccasion de parler de l'opium, et du commerce d'opium fait autrefois par l'Angleterre avec la Chine. Nous avons en France l'excellente habitude des courses botaniques; mais ce que j'ai vu, c'était une exploration botanique faite en classe. Les élèves ont tous leur herbier : s'ils font un voyage, ils doivent rapporter quelque objet nouveau pour enrichir le cabinet d'histoire naturelle.
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Le môme caractère se retrouve dans les leçons de physique et de chimie r Tinterrogalion s'y mêle constamment à l'enseignement. Le professeur de physique, par exemple, après avoir exposé un ordre de phénomènes et avant de montrer Texpérience qui doit en fournir la loi, s'adresse à un élève : « Comment vous y seriez-vous
- . pris? » La démonstration vient de la sorte se présenter sous forme d'un récit, et les élèves apprennent à connaître les hommes qui ont le plus contribué au progrès de la science. Ce mode
•* d'enseignement, — dont il ne faut pas abuser, car il est un peu long et pourrait devenir monotone, — s'il est employé à propos, fait chercher et réfléchir.
Quand nous aurons ajouté Thistoire, la géo- ! - graphie, le dessin, nous aurons à peu près énuméré tous les objets d'étude de la realschule. Une si grande diversité a inqifiété la pédagogie allemande. Depuis plus de vingt ans, une question à Tordre du jour dans les journaux scolaires et dans les livres, c'est la « concentration » de cet ;. enseignement. Il s'agirait de trouver le noyau autour duquel les autres matières vinssent se placer par couches concentriques, ou encore, pour employer un terme favori de ce débat, il faudrait découvrir le centre de gravité de la [ 11
realschule. La discussion dure encore. Les uns ont cru découvrir le point central dans les mathématiques, d'autres dans les sciences naturelles, d'autres encore dans le latin ou dans l'allemand. Quelques-uns, prenant les choses d'un biais difTérent, ont soutenu que le centre, c'est l'intelligence de l'élève, à quoi un directeur réplique que le centre est le personnel enseignant. Il est clair que cette polémique, comme toutes celles où les mots jouent le principal rôle, pourra encore être continuée longtemps. Ce qui est plus important, c'est Tordre dans lequel 'doivent se succéder et se superposer ces connaissances. Tandis que l'étude du français et des éléments de l'histoire naturelle commence dès les plus basses classes, on n'aborde la géométrie que \^rs la douzième année : la physique et la tliiinie sont réservées pour la fin des élude '
Telle est Idivealschule^oudii moins telle elle est sur les programmes, car il faut maintenant dire ce que la vue seule du plan d'études ne nous apprendrait pas. Le plus petit nombre seulement des élèves va jusqu'au bout des classes : une fois qu'ils ont acquis les connaissances qu'eux ou leurs familles jugent suffisantes, ils quittent l'école pour entrer dans l'industrie, dans le comm-erce, dans l'économie agricole. Les chiffres
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que publient à ce sujet les statistiques allemandes sont significatifs. Âpres la seconde, dont le certificat donne droit au volontariat d'un an, il se produit une désertion générale *. Déjà avant cette classe les départs sont fréquents : le maximum d'élèves se trouve on cinquième et en qua trième.
Aussi, malgré tous les avantages qui lui ont été accordés, la realschule. n'est pas satisfaite. Elle a par nature, il faut le dire, le tempérament inquiet et mécontent. Dans le conseil qui fut convjoqué en 1873 au ministère de l'instruction publique à Berlin, pour délibérer sur un certain nombre de questions scolaires, quatre des questions soumises à l'assemblée concernaient la realr schule, et ce furent celles qui soulevèrent la discussion la plus prolongée et la moins concluante. Une véritable anarchie d'opinions se fit jour. Ce qui frappe surtout, c'est que tous les fonctionnaires qui par leur position appartiennent à la realschule demandent des réformes et des remaniements. Les uns veulent la création d'un nouvel enseignement sans latin qui soit un intermédiaire entre l'école et la realschule; d'autres proposent l'incorporation de cette dernière dans le gymnase; quelques-uns veulent pour elle un
1. D'après un travail d'ensemble, sur 100 élèves, il en arrive moins de 10 jusqu'à l'examen de maturité.
élargissement, .quelques autres une restriclion du pian d'études. Au contraire, elle trouve ses pa négyristes et ses défenseurs parmi les directeurs de gymnases. La raison de cette attitude se devine : le gymnase se félicite d'une séparation qui le met à l'abri d'un voisin incommode ; il sait que l'arrivée d'une quantité d'élèves qui dès le premier jour sont résolus à ne point achever leurs classes serait une médiocre et dangereuse acquisition. Nous devons d'ailleurs ajouter que, malgré les dissentiments de détail, tout le monde reconnaît qu'il est bon d'ouvrir plusieurs voies à la jeunesse : personne ne songe à revenir en arrière et à refondre ces deux instructions en une seule. C'est môme un fait d'expérience que, partout où il existe une realschule eX un gymnase, les élèves se séparent sans difficulté dès les premières classes.
Cette séparation, pour le dire ici en passant, repose sur un tout autre principe que celle qu'un ministre de l'empire, sous le nom de bifu^:»calion, a voulu établir dans nos lycées. Ce qui était contre nature dans la bifurcation de M. Fortoul, c'était la prétention de faire tenir deux séries de classes sur une base commune, et de réunir encore à certaines heures des élèves qui suivaient des directions différentes; mais ici il y a séparalion dès la base, comme elle doit exister dans une
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société où tout le monde ne suit pas les mômes voies. J'entends dire qu'une séparation de, ce genre est contraire à Tégalité démocratique. Je suis prêt à m'incliner devant cette objection, si Ton me montre que tous nos enfants ont part à l'enseignement secondaire; mais entre ceux qui vont au lycée et ceux qui, à partir de douze ans , ne reçoivent d'instruction d'aucune sorte, la distance n'est-elle pas autrement grande? Le principe le plus conforme à la démocratie, en même temps que le plus utile au développement général de la nation, est d'établir des systèmes variés d'instruction, sans trop se préoccuper du passage de l'un à l'autre. Ne cherchons pas à mettre ici l'uniformité , quand partout ailleurs tout nous rappelle la diversité de la vie moderne : s'il y a des types plus ou moins élevés d'enseignement, chacun saura trouver les leçons qui sont à son goût et à sa mesure. Aussi bien qu'au temps des Michelet et des Joseph- Victor Leclerc, les enfants véritablement doués se frayeront leur route, et même en passant par les .établissements d'ordre intermédiaire, ils arriveront, par la force qui est en eux, jusqu'aux derniers degrés et jusqu'aux sommets : ce n'est pas en vue de ces exceptions qu'il faut tracer le plan d'une organisation scolaire.