Voyez s. Reinach, Manuel de philologie classique, pw X
LES ÉTBDES CLASSIQUES. 75
SHP la jeunesse et pour lui parler uu' langage qui Tenfraîne; si nous ne donnions à Tenseignemenf supérieur que des hommes fatigués, nous ne pourrions espérer d'eux ni la plénitude de TefiTort, ni l'ampleur des grands desseins, ni cette influence maintenue et prolongée durant une longue suite d'années , qui assure l'efficacité de l'action. Singulier système de prendre les hommes pour dé difficiles et importantes fonctions quand ils ont dépensé ce qu'ils avaient de meilleur! Plus heureusement inspirées sont ces universités de la Suisse qui vont chercher les réputations naissantes, et qui les cèdent aux autres pays après qu'elles sont devenues des célébrités reconnues.
Wolf, qui joignait aux dons de l'intelligence des qualités extérieures brillantes, aimait à se voir entouré des étudiants, et il ne craignait pas de se mêler à leurs réunions et à leurs parties de plaisir. Les maîtres allemands, qu'on se représente comme retranchés dans leur pédantîsme, sont en réalité plus près de leurs élèves que les professeurs de nos Facultés. Grâce à cette familiarité des relations personnelles, ils continuent leur direction bien au delà des années d'études. Le payement des honoraires par les élèves, chose si mal comprise en France, resserre le liett entre maîtres et disciple». Ceux-ci ont des
droits sur le professeur, au lieu que nos auditeurs français ont l'air de tout recevoir de sa condescendance. Ajoutons qu'aussi longtemps que des conférences rétribuées par les- élèves n'auront point trouvé' place dans noire organisation universitaire, on n'obtiendra pas des maîtres un effort approchant de celui que fournit le professeur allemand. On est étonné quand on voil la longue liste des cours que Wolf a professés : il n'est guère d*auteur latin ou grec un peu important, il n'est pas de partie de la littérature, de la mythologie, de l'archéologie, sans parler de la grammaire et de la métrique, sur laquelle il n'ait fait une ou plusieurs fois des suites de leçons ^ Ordinairement les élèves se mettaient d*accord avec lui sur le sujet du cours : el, en effet, c'est à cause des étudiants et en leur faveur qu'est institué le payement des conférences, et non à cause ni en faveur des maîtres. Après Wolf, le mouvement est décidé, et il se continue simultanément sur un si grand nombre de points qu'il faudrait un ouvrage spécial pour le suivre. Depuis le commencement de ce siècle, chaque université, tout en gardant ses préférences et ses études de prédilection, ainsi que ses hautes visées scientifiques, est un centre de
] . Pendant les vingt-qaatre ans de son enseignement à Halle, • Wolf donnait de quinze à dix-sept heures de leçons par semaine.
préparation pour les futurs maîtres de renseignement secondaire.
Aucune préoccupation d'examen ne vient troubler le trienniuniy devenu aujourd'hui le quadrienniuni academicum, c'est-à-dire le temps passé à l'université. C'est seulement au bout de ces quatre ans que l'examen d'État, dont le programme est fait en quelque sorte par les candidats , puisqu'ils indiquent les matières sur lesquelles ils demandent à être interrogés, vient constater si le temps de l'université a été fructueusement employé. A la suite de cet examen, les candidats admis ont la permission de donner l'enseignement dans les différentes branches consignées sur leur diplôme. La seule distinction qu'on admette, est celle de professeur pour les classes inférieures ou pour les classes supérieures, suivant que, dans les diverses parties, l'examen a été passé d'une manière plus ou moins satisfaisante. Si une branche d'éludé a été faible,
le candidat peut être ajourné pour cette partie, sans qu'il soit obligé pour cela de recommencer toutes les épreuves. Les concours sont inconnus. Le candidat passe, à l'époque qui lui convient, devant une commission permanente. Un candidat deux fois refusé doit renoncer à la carrière.
Je ne préténda pas que ce système soit sans défaut. Je ne fais point difficulté de dire que de-
pais une série d'années Térudition a tr^ip pris le dessus, et que certaines qualités littéraires, indispensables à de bons maîtres de la jeunesse, me paraissent en souffrance. Mais, pour le développement des spécialités, pour l'éveil de Tesprit scientifique, ces quatre années d'université sont d'un prix inestimable. On sera ensuite envoyé dans quelque recoin d'une province lointaine : mais on a vécu quatre ans de la vie de l'intelligence^ choisissant en pleine liberté ses études et ses maîtres. « C'est un rêve qui s'envoie rapidement, disait récemment un recteur d'université; mais c'est un rêve dont le reflet suffit pour éclairer la vie enliène- »
C'est ainsi que la restauratian de l'enseignement supérieur eut pour conséquence le relèvement de l'instruction secondaire. La refonte des programmes, le renouvellement des exercices scolaires, l'action administrative ne vinrent qu'après qu'un personnel rempli d'un esprit nouveau eût déjà rempli les gymnases et devancé les prescriptions officielles.