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L'EXAMEN DE MATURITÉ

On appelle ainsi l'épreuve placée au bout de» classes du gymnase, et qui correspond, jusqu'à UB certain point, à noire baccalauréat. Toutefois OB pressent déjà par ce qui précède la différence cpiî «sépare les deux examens. Il ne s'agit pas« en Allemagne, de déclarer Féducation close, mais d'annoncer le commencement d'une nou- Yelie période dans les études : l'élève du gymnase est déclaré mûr pour l'université. Hormis ^'université, ce certificat n'ouvre aucune porte. Ceux qui ont seulement en vue le volontariat d'un an, n'ont pas besoin d'aller jusqu au bout en gymnase : le certificat obtenu en sortant de troisième leur suffit. Ne se présentent donc guère à l'examen de maturité que les jeunes gens qui se proposent d'étudier le droit, la médecine, les sciences, les lettres ou la théologie ^

1. D'après une récente statistique que j*ai sous les yeux, le» quatre cinquièmes des élèves du gymnase continuent leurs études à runiversÊlé.

Nous allons chercher à faire comprendre l'organisation de cette épreuve. La différence capitale avec notre baccalauréat, c'est qu'en France le diplôme est conféré par TÉtat, et qu'en Allemagne il est délivré par le gymnase. Accessoire en apparence, cette différence amène après elle toutes les autres.

L'examen a lieu deux fois par an dans les bâtiments mêmes du gymnase. Trois mois avant, les élèves de ober-prima qui sont dans l'intention de se présenter, s'adressent à leur directeur pour y être autorisés. Celui-ci, disent les règlements, a le devoir de faire des représentations sérieuses aux élèves qui ne seraient pas suffisamment préparés : il doit aussi avertir les parents ou tuteurs, et appeler leur attention sur les înconvé- * nients d'une candidature prématurée. Ces inconvénients ne sont pas seulement de nature morale, car les règlements ne permettent pas de se présenter aux épreuves plus de deux fois.

En tout cas, il faut que le candidat ait fait ses deux ans de prima. Nous avons déjà vu que la limite d'âge minima pour rentrer au* gymnase étant de dix ans, les candidats se trouvent généralement dans le cours de leur dix-neuvième année.

• La commission d'examen comprend le directeur, les professeurs des hautes classes, un

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membre de Téphorat ou conseil de surveillance, et elle est présidée par un commissaire du gouvernement, personnage considérable, qur est député à cet effet dans les différents collèges d'une circonscription, et qui a la haute direction des épreuves. Tous les professeurs de la maison sont tenus d'assister aux interrogations; le public en est exclu.

L'examen se compose, comme chez nous, d'é preuves écrites et d'une épreuve orale. Les épreuves écrites sont : 1« une dissertation en allemand ; 2« une dissertation latine et un thème latin; 3° un thème grec; k^ une composition de mathématiques; 5° un thème français. L'usage des dictionnaires et grammaires est interdit. Si des élèves croient avoir dépassé le niveau commun des connaissances exigibles, et si le directeur y donne son approbation, des travaux plus difficiles peuvent leur être demandés, et il en est fait mention sur leur diplôme.

Les différentes compositions sont corrigées par le professeur de la classe*, qui les remet annotées au directeur. Après que tous les membres de la commission en ont pris connaissance, le directeur les remet entre les mains du commissaire du gouvernement. Il y joint tous les devoirs faits par les candidats et les notes trimestrielles obtenues par eux pendant les deux

dernières années d'études. Les compositions ne donnent pas lieu à une élimination préalable; mais les élèves dont les travaux écrits sont particulièrement satisfaisants et dont les notes sco^ laires attestent le mérite peuvent, sur l'avis unanime de la commission, être dispensés des épreuves orales.

Celles-ci comprennent dabord l'explication d'auteurs latins et grecs. Il s'agit d'être en état de traduire aisément un texte de difticulté moyenne , soit les discours de Cicéron , suit ses écrits philosophiques, soit Salluste ou Tite- Live, soit les Éghgiœs ou YÉnéhh de Virgile, soit les odes d'Horace. Il faut posséder les règles de la quantité et pouvoir rendre compte des mètres lyriques les plus ordinaires. En grec, on explique VlUade et YOcly!<sée, Hérodote, la Ctfropédie et VAnahase de Xénophon, ainsi que tes dialogues les plus courts et les plus faciles' de Platon. L'élève doit pouvoir traduire ces textes même sans les avoir vus en classe. Viennent ensuite l'histoire -et la géographie. Le candidat traite de vive voix une question qui lui est posée soit par le professeur, soit par le commissaire du gouvernement, sur l'histoire grecqne ou romaine ou sur l'histoire d'Allemagne. Outre cette explication suivie, il doit répondre à des interrogations de manière à prouver qu'il pos-

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sède les àaie^ et les faits les plus importants de rhisloire universelle. L'histoire particulière du j

Brandebourg et de la Prusse doit toujours avoir j

sa place dans Texamen de chaque candidat. La ^

géographie est associée à Thistoire, mais sans !

faire Tobjet d'une épreuve spéciale. Pour le« .^

mathématiques, les questions roulent sur l'arithmétique, sur les éléments de l'algèbre, de la géométrie ou de la trigonométrie reciiligne. Il s'agit moins de montrer la faculté d'invention mathématique que de posséder une idée claire des théorèmes pris en eux-mêmes et de l'enchaînement qu'ils ont entre eux. Les candidats qui «a font fa demande peuvent être interrogés plus au long sur les matières dont ils auraient, au témoignage de leur maîlre, fait une étude appprofondie.

Ce programme, qui en somme n'est guère moins étendu que le nôtre, doit pourtant moins inquiéter les élèves, car c'est leur professeur même qui les inlerroge, ou, s'il arrive au commissaire royal de prendre la parole et de poser, une question qui n'ait pas été abordée en classe, le professeur est là pour dire ce qui a été étudié et pour excuser le candidat. En général, on s'ef-. force de convaincre les élèves qu'ils n'ont pas besoin de se livrer à une préparation extraordinaire. Il faut éviter, dit l'ordonnance même qui

régit la matière ', tout ce qui pourrait troubler le cours normal des études et tout ce qui pourrait faire croire aux élèves qu'ils ont besoin pendant le dernier semestre d'une préparation spéciale et d'un effort extraordinaire. Les connaissances qu'on est en droit d'exiger d'un élève de prima sont celles qui forment l'objet de l'examen, et le résultat de l'épreuve ne peut que confirmer le jugement porté par les maîtres sur leurs élèves d'après leurs travaux ordinaires. On n'aura égard qu'au savoir qui a été digéré et assimilé par les jeunes gens, et qui est devenu vraiment leur propriété intellectuelle. Une préparationpde ce genre ne s'obtient point par un travail « tumultuaire » des derniers mois, encore moins par un amas de noms, de dates et de faits hâtivement entassés dans la mémoire; elle est le fruit naturel et lentement mûri d'études bien faites.

Je crois qu'en cherchant dans nos règlements français nous trouverions, à différentes époques, des recommandations analogues; mais l'organisation de notre baccalauréat est telle que les bons élèves n'ont pas le droit d'être rassurés, car ils ne connaissent point leurs juges, ils

J . Voyez Rônne, Dàs [ Unterrichiswesen des preussischen StaafeSj II, p. 26'^, 27 1 . — Wiese, Verordnungen und Gesetse fiXr die hôheren Schulen in Preussen, I, 211.

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ne sont point connus d'eux, et ils ne peuvent espérer que les bonnes notes obtenues en classe pendant dix ans rachèteront des compositions manquées ou des réponses défectueuses. La présence des professeurs et du directeur dans la commission est une garantie contre les surprises; elle empêche les bons élèves d'être refusés, les mauvais d'être reçus.

Une fois les épreuves orales terminées, les professeurs qui ont corrigé les compositions font connaître leur jugement, en y joignant Topinion qu'ils se sont faite de chaque élève d'après les travaux de la classe. On délibère sur Tadmissiôn, pour laquelle l'impression totale produite par le candidat doit être d'une importance dominante. Si Ton n'arrive pas à se mettre d'accord, il est procédé au vote : chaque membre de la commission, en y comprenant le commissaire royal, a une voix; le plus jeune membre vote d'abord, le commissaire royal en dernier. Si certains membres, durant la votation, trouvent que le sufTrage d'un collègue est mieux motivé que celui qu'ils ont émis, ils peuvent revenir sur leur vote et en donner un autre qui est définitif. S'il y a ballottage, la voix du commissaire royal compte pour deux. Si, avant que son " tour ne soit arrivé, le commissaire voit que la majorité est atteinte, il a le droit de sedispen-

UN VOYrVGE SCOLAIRE EW ALLEMAGNE.

ser de voter, et il peut alors ou sim^dement confirmer la décision, ou, si elle blesse sa conviction, refuser son consentement. Dans ce cas, la publication du résultat est différée, et tous les travaux écrits, avec les procès-verbaux des épreuves, sont renvoyés à l'autorité supérieure, accompagnés des motifs qui ont porté le commissaire royal à donner son veto ^ Il est à supposer, dit un règlement postérieur, que l'opinion des maîtres du gymnase est fixée déjà sur la maturité de chaque élève avant qu'on ne procède à Tetamen. Il n'y aura donc en général pas de discussion là-dessus en présence du codh missaire, et l'examen ne doit avoir d'autre objet que de justifier devant lui le jugement .déjà porté *. Cependant l'examen pourra servir, en ce qui concerne quelques élèves, à résoudre certains doutes encore existants chez les professeurs; il aura aussi cet effet de leur montrer plus clairement'Jusqu'à quel point le gymnase a rempli sa tâche.

Il faut voir maintenant ce qu'il advient des candidats qui ont reçu leur éducation dans la maison paternelle, ou qui viennent de Tétran-

t. Roane, Dos Unterrtchiswesen des preussischen StaaleSy H, p. 272.

2. Ce jugement est consigné par écrit et remis d'avance ^ commissaire royal.

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gec, ou qui ont été ékvés dans une maison où le commissaire royal ne tient pas ses assises. Disons tout de suite que le nombre de ces jeunes gens est relativement peu considérable. Ils doivent s'adresser trois mois à l'avance à l'autorité scolaire pour lui demander de leur désigner un gymnase où ils puissent passer leur examen : les témoignages des parents ou des maîtres, ainsi qu'une autobiographie détaillée^ doivent être joints à la demande. Le règlement dit que les étrangers ne passeront pas les épreuves en même temps que les élèves du gymnase. Si Ton a des raisons de penser qu'ils ne sont pas sufGsamment préparés, on peut exiger d'eux, avant le véritable examen, une épreuve préalable. Us ont à subir sur certaines matières d'enseignement des interrogations dont les autres candidats sont di&pen^s^ Toutefois l'ordonnance ministérielle ajoute dans une intention bienveillante que les examinateurs devront tenir compte de cette circonstance que les candidats ne sont pas interrogés par leurs professeurs ordinaires. Je ne vois pas qu'il . soit question pour eux d une limite

1. Ces matières sont la littérature allemande, les éléments de la philosophie, le français, Thisloire "naturelle et la physique. Les élèves des gymnases sont dispensés tle répondre sur ces matières'; mais les examinateurs ont la faculté de consulter les notes obtenues par eux en classe pour ces branches d'enseignement.

d'âge maxima; mais pour la limite rninima on à pris certaines précautions. Quand un élève quitte le gymnase au milieu de ses classes pour continuer ses études à la maison, le directeur doit marquer sur son certi6cat de sortie en quelle année il aurait pu légalement se présenter à Texamen de maturité, s'il avait régulièrement poursuivi le cours de ses classes.

Lorsqu'un élève est refusé, la commission dé-* termine après quel délai il pourra tenter une nouvelle épreuve. On a déjà vu que le droit de se présenter à Texamen de maturité est limité à deux fois. Sauf les cas de dispense, il faut revenir devant les mêmes juges. Si la commission est con* vaincue que le candidat n'est pas en mesure de réparer un premier échec, elle a l'obligation de l'en avertir, et elle doit l'engager d'une façon pressante à faire choix d'une carrière où les études d'université ne soient pas nécessaires. Sur le certificat de maturité , on ne se contente pas d'inscrire que le candidat a été admis avec telle ou telle note, le certificat doit contenir le jugement que le directeur du gymnase, d'après le travail et la conduite des dernières années , porte sur le caractère, le savoir et les aptitudes de rélève. On pense bien que cette prescription du règlement est appliquée avec réserve ; cependant, sous un vernis de bienveillance, on distingue

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ordinairement dans ces certificats Timpression laissée par relève à ses maîtres. La remise du diplôme a lieu le dernier jour de Tannée scolaire et en présence de tous les écoliers : c'est une sorte de fête pour la maison. Le programme ' imprimé que publie tous les ans chaque gymnase, donne les noms des jeunes gens qui ont quitté la maison avec le certificat de maturité, et indique à quelles études ils se destinent.

Les épreuves une fois terminées, tous les documents qui s'y rapportent, y compris les compositions des candidats, sont expédiés au cheflieu de la province, où réside un comité supérieur, dit commission scientifique, dont le devoir est de veiller au maintien du niveau des études. Le comité, après avoir pris connaissance du dossier, le renvqie, accompagné de ses observations, au directeur du gymnase. Il est loisible à celui-ci, ainsi qu'au commissaire •royal qui a présidé les épreuves, de répondre aux observations qui leur sont adressées ou de les renvoyer simplement revêtues de leur signature. La commission scientifique peut, si elle le juge bon, envoyer de temps à autre dans tous les gymnases de la province les mêmes sujets d'épreuves écrites et les faire exécuter le même jour. Les jugements motivés de cette commission doivent être expédiés aux divers gymnases

assez à temps pour qu'ils en puissent temr compte à Texamen du semestre suivant. Une copie de ces jugements est envoyée au minis* tère^ qui centralise de la sorte les notes données à tous les gymnases du royaume.

On pense bien que cet ensemble de mesures destinées à sauvegarder les intérêts du candidat, du gymnase, de l'État, n*a pas été constitué en une fois; il est le produit du temps et de Texpérience. Ce qui doit tout particulièrement nous faire réfléchir, c'est que la Prusse a commencé par un baccalauréat assez semblable au nôtre. Jusqu'en 1812, les universités étaient chargées d'examiner elles-mêmes les jeunes genjs qui se présentaient pour suivre les cours; mais la plus grande irrégularité et des abus de toute sorte s'étaient introduits dans ces examens. Sans compter qu'il est toujours périlleux de charger les corporations d'une tâche où leur devoir peut entrer en conflit avec leur intérêt, les universités s'acquittaient mal d'une fonction qu'elles regardaient comme accessoire et comme étrangère à leur vraie destination. Guillaume de Humboldt, alors ministre de Tinstruction publique, assembla une commission, où il appela outre ai»très Ancillon, Schleiermacher et F.~A. Wolf^ pour élaborer un nouveau règlement. Le fruit de ses délibérations fut le règlement de 1812, qui

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ti^snsporta l'examen dans les établissement»

(l'instruction secondaire, en laissant toutefois subsister des commissions mixtes, mi-partie composées lie professeurs de runiversité et de directeurs et maîtres du gymnase, auprès desquels pouvaient se présenter les jeunes gens qui ne sortaient pas directement du collège. Ce fut un progrès; mais, ainsi qu'on eût pu le prévoir, la commission mixte attira tous les candidats mal pi^parés; Beaucoup de jeunes gens quittaient le gymnase avant l'heure, et, après avoir laissé passer l'intervalle exigé par la loi, ils se présentaient devant ce jury, à tort ou à raison réputé plus indulgent Des plaintes s'élevèrent de tous les côtés. Les directeurs de gymnase voyaient déserter les hautes classes; d'un autre côté, les commissions, en 1825, se plaignirent à d'être obligées d'examiner des hommes qui étaient à peine mûrs pour la sixième, et qui n'avaient d'awfa'e intention, en se présentant aux épreuves, que d'obtenir le droit au volontariat d'iin an. » Après différents palliatifs,' on arriva à la conviction qu'il fallait réformer Je système. En 1831^ le ministre Altenstein commença uoe enquête p&mr laquelle il recueillit les avis des universités, (les commissions d'examen, des gymnases, et après trois ans de délibération et d'étude, fut édictée la loi de 1834, qui est encore en vigueur

aujourd'hui, et dont nous venons d'exposer Téconomie. L'examen fut uniquement réservé aux gymnases. Ce qui prouve que cette fois on avait trouvé juste, c'est que toutes les retouches postérieures sont destinées à appuyer dans le même sens, en renforçant Timportance des notes du collège. La disposition qui veut qu'on présente tous les devoirs faits pendant les deux dernières années est de 1841. En 1856, on retranche de l'examen oral l'allemand, le français, la philosophie, la physique, l'histoire naturelle. Il est visible que le gymnase a grandi en autorité et qu'on lui marque plus de confiance

Je ne crains pas de dire que cette organisation vaut mieux que la nôtre en ce qu'elle laisse rélève au milieu de ses maîtres, et en ce qu'elle borne le rôle de l'État au strict nécessaire, qui est de surveiller les établissements d'instruction secondaire et de maintenir le niveau des études. J'ajoute que l'État, tout en se mêlant moins des examens, agit sur l'enseignement d'une manière plus efficace et plus profonde. On devine que les directeurs ne se soucient point dé faire défiler devant le représentant du gouvernement une série de candidats médiocres : aussi prennent-ils fort au sérieux le droit qu'ils ont de déconseiller l'examen aux élèves mal préparés ; mais comme en définitive les élèves ne son t pas tenus de suivr

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le conseil, on trouve plus sûr d'arrêter dès les plus basses classes ceux qui ne sont pas en état d(3 profiter des études classiques. Le résultat de cette organisation, c'est que la proportion des refusés est peu considérable : elle n'atteint pas un sixième. Et il ne faut pas croire pour cela que le gymnase soit tous les ans, aux examens de passage, le théâtre d'exécutions impitoyables : l'usage est aujourd'hui si bien établi de ne pas laisser monter dans les classes supérieures ceux qui ne sont pas en mesure de les suivre, que les condamnés ont l'habitude de prévenir le moment fatal par un départ volontaire.

Un autre avantage du système allemand, c'est qu'il assure une grande autorité aux directeurs et aux professeurs. L'élève sait que, le jour de l'épreuve venu, leur jugement pèsera dans la balance d'un poids décisif. Tandis que chez nous l'attention du candidat est attirée hors de la classe pour prendre le vent de Texamen et s'enquérir des exercices et des matières qui comptent, l'élève allemand est obligé de se convaincre que le chemin le plus sûr pour franchir l'épreuve finale, c'^st de satisfaire ses maîtres et de remplir sa tâche journalière. Le professeur n'est pas réduit à faire aux paresseux des menaces trop souvent démenties par l'événement : il est en mesure de donner une sanction à ses notes. Un

si grand pouvoir laissé au maître pourrait aans doute avoir des iDconvénients, si celui-ci ne savait pas que Texan^n doit justifier aux yeux de la commission le jugement défavorable pair lui porté suc tel ou tel élève.

Un troisième avantage du baccalauréat allemand, c'est qu'il permet au représentant du gowernement d'apprécier la valeur générale des éiudes dans chaque maison. Si elles sont faibles, ses reproches s'adresseront non aux écoliers, qui après tout en sont innocents, mais au directeur et aux maîtres. Il dispose d'un moyen coercilif plus efficace et plus redouté que l'exclusion des candidats : il peut demander au gouvernement de retirer au gymnase le droit de conférer le diplôme. On comprend sans peine qu'unedécision de ce genre équivaut à peu près à une condamnation capitale, car la plus grande partie des élèves se détournera d'un établissement où ils sont placés dans une situation peu favorable. Un haut fonctionnaire prussien, qui a longtemps inspecté les gymnases en qualité de commissaire royal, m'a dit qu'il avait plus d'une fois usé de cette menace, et non seulement il s'en est servi avec des établissements dont les études périclitaient, ou dont les maîtres n'avaient pas les grades scientifiques exigés, mais il y a eu recours auprès des villes qui ne voulaient pas faiire les

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sacrifices nécessaires à la bonne installation des classes. Ainsi, sans grand luxe d'adminislralion et sans entretenir tout un personnel d'iaspecteurs , rÉtat exerce sur les études une action étendue et sûre.

Après tout ce qui précède, ii n'est pas nécessaire d'expliquer longuement pourquoi les candidats étrangers, connus dans la langue des écoliers sous le nom de sauvages, sont ea petit nombre. C'est que les conditions où. ils passent l'examen sont moins avantageuses que pour les élève* du gymnase. Une autre raison, c'est que jii&qu'à ces derniers temps le gouvernement prussien a toujours accordé avec impartialité le droit de conférer le diplôme à tous les établissements qui le méritaient par la valeur de leurs études. L'Allemagne possède aussi, quoique en moins grand nombre que la France, des maisons d'instruction secondaire dirigées par des ecclésiastiques. Les plus importantes d'enlreces maisons étaient placées dans les mêmes conditions que les gymnases de 1 État : elles recevaient deux fois par an la visite du commissaire du gouvernement, et elles délivraient sous son contrôle le ceFtiftcat de maturité. Non seulement elles trouvaient naturelle et légitime la surveillance de l'État, mais elles recherchaient, elles appelaient la venue du commissaire royal, et elles

rinvitaient à étendre son inspection à toutes les classes *.

Il reste à nous demander si un tel système est possible en France. Je ne crois pas que nous y puissions venir du premier coup. Mais nous pouvons nous en approcher par degrés.

Ce qui rend chez nous tout progrès presque impossible, ce qui fait que FUniversité depuis cinquante ans a l'air de piétiner sur place ou de tourner dans un cercle, c'est que nous voulons appliquer un même ensemble de mesures à des établissements qui, en réalité, ne se ressemblent point. Pour entrer dans une voie nouvelle, je voudrais que le baccalauréat intérieur fût d'abord expérimenté dans un nombre très restreint de grands lycées, ou, si Ton veut, dans les seuls grands lycées de Paris. A Paris, sous les yeux de Tautorité, dans ces maisons qui disposent d'un personnel d'élite, on essayerait le nouveau système, tandis que le régime du baccalauréat extérieur serait provisoirement maintenu pour le reste des établissements scolaires de la France. Ce serait seulement après une expérience suffisamment prolongée, et après avoir mis à profit les enseignements qu'elle ne manquerait pas de fournir, qu'on étendrait la mesure à une nouvelle

1. Les jésuites seuls en Autriche se sont toujours opposés à l'entrée d'un fonctionnaire étranger.

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série de lycées. On continuerait de la sorte; et à des intervalles plus ou moins longs, en procédant par promotions successives.

Il n'est pas nécessaire de dire quelle émulation susciterait dans le personnel enseignant cette marche progressive. Le baccalauréat intérieur serait la récompense de la bonne discipline, des études bien faites, des examens de passage sérieusement pratiqués, du niveau scientifique sévèrement maintenu, des perfectionnements apportés aux méthodes et aux installations scolaires. Ainsi serait réduit graduellement le nombre des candidats allant chercher au dehors, auprès de juges qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne sont point connus, un succès soumis aux chances d'une loterie. Sans doute il faudrait encore longtemps maintenir un baccalauréat au chef-lieu d'Académie. Mais par la force des choses, le diplôme pris au dehors diminuerait de valeur. Au contraire, on verrait grandir en importance le diplôme décerné, sous le contrôle d'un représentant de l'État, par des établissements justement soucieux de leur bonne renommée , et du même coup grandirait dans l'opinion l'autorité de ces maisons.

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