‹ Excursions sur les bords du RhinChapitre 4 sur 16 · BONN ET SES ENVIRONS · texte numérisé non relu

BONN ET SES ENVIRONS

Ce fut à Bonn que nous vîmes le premier échantillon 20 de l'étudiant allemand avec sa pipe colossale, sa redingotte serrée, son col rabattu et sa casquette imperceptible, qui, quelque vent qu'il fasse, grâce à l'habileté avec laquelle le stiidiostis manœuvre son cou, demeure fixée comme par un clou sur l'extrême sommet de la 25 tête. Ce n'était pas sans une certaine curiosité que j'attendais cette apparition ; l'étudiant allemand a conservé son caractère insouciant et aventureux d'autrefois, de sorte qu'il est digne d'être étudié. Sans un sou dans sa poche, mais confiant comme l'oiseau du ciel à qui 30 Dieu a promis de donner la nourriture, il part pour faire son pèlerinage en Allemagne, sa pipe à la main, son sac à tabac au côté et son Kœrner en poche. La

route, il la fera à pied, si longue qu'elle soit: le soleil et l'ombre sont à tout le monde. Quant au reste, le philistin y pourvoira. Aussi, qu'il passe une voiture, qu'elle contienne des naturels ou des étrangers, l'étu-

5 diant ôte sa pipe de sa bouche, décolle de son chef son embryon de casquette, s'approche du voyageur, et gaiement l'invite à l'aider à faire son chemin. Il est rare qu'un Allemand refuse son offrande à l'étudiant qui passe. Sur un autre point, sur une autre route de

lo la Germanie, son fils passe aussi, et peut-être en ce moment même fait-il un appel à la bourse du père dont il aide l'enfant. De son côté, l'aubergiste est plein de bonne humeur et de désintéressement pour le studiosus qui voyage, quel que soit son grade dans la

15 hiérarchie universitaire, et qu'il soit pinson, renard ou vieille maison ; c'est son hirondelle qui revient à chaque printemps ; il lui doit le gîte sous son toit. Et quant à la nourriture, on s'entendra toujours entre compatriotes ; d'ailleurs, ce sont les Français ou les Anglais qui

20 payeront cela. Aussi, sans qu'on s'informe s'il possède de l'argent ou non, l'étudiant a-t-il toujours, en arrivant, son verre de vin du Rhin ou sa bouteille de bière, si mieux il l'aime ; et encore, en général, lui demande-t-on de quel pays il la préfère ; un dîner pris sur tous les

25 dîners, et si la maison est par trop pleine, un lit de paille fraîche qui vaut quelquefois mieux que le meilleur lit de laine ou de copeaux de toute l'hôtellerie. Avec le jour l'étudiant se lève joyeux, boit un second verre de vin du Rhin, allume sa pipe éternelle, et se

30 remet en route. Puis quand il a vu les champs de batailles d'Iéna, d'Ulm et de Leipzig, il rentre à son université avec le grade de maison moussue, boit encore quelques milliers de chopes de bière, fume encore quelques milliers de pipes, échange encore quelques

vingtaines de coups de schlaeger, et il rentre dans sa famille, où il boit toujours, fume toujours, mais ne se bat plus.

Nous arrivâmes à l'hôtel de l'Etoile, situé sur la place 5 du marché, et tenu par Simrock, le frère du poète, juste au moment où on allait se mettre à table pour le dîner de une heure, qu'on appelle le petit dîner. Car en Allemagne, quoiqu'on mange à peu près depuis le matin jusqu'au soir, on a cru cependant devoir désigner par

10 des noms les stations que l'on fait après de courtes haltes. Ainsi le matin à sept heures, en ouvrant les yeux, on prend le café, à onze heures on fait un second déjeuner, à une heure on fait le petit dîner, à trois heures on dîne, à cinq heures on goûte, enfin

15 à neuf heures du soir, en sortant du théâtre, on soupe, et l'on se couche par-dessus. Là dedans ne sont point compris le thé, les gâteaux et les sandwichs que l'on prend dans les intervalles.

Quoiqu'en état ordinaire je jouisse en général d'un

20 assez bon appétit, et qu'en voyage, mes facultés sous ce rapport s'augmentent de vingt-cinq ou trente pour cent, depuis mon arrivée à Aix-la-Chapelle, j'étais fort malheureux sous ce rapport. Et d'abord, comme tout Français né dans la vieille France, la substance nutri-

25 tive que j'absorbe ordinairement à chacun de mes repas se compose d'une moitié de pain, à peu près d'un quart de viande, et enfin d'un quart d'entremets et de dessert. Mais depuis Aix-la-Chapelle, au lieu de pain on m'avait servi de la brioche. La brioche est une chose excel-

30 lente en soi ; mais comme, à mon avis, pour conserver toute sa valeur, elle doit être servie en son lieu, la première fois que l'aubergiste avait commis ce qui me paraissait un anachronisme, j'avais proprement mis ma brioche à part pour la manger avec le café à la crème,

et je lui avais demandé du vrai pain. Alors le garçon avait souri avec une intelligence d'excellent augure, m'avait répondu en excellent français : — Je sais ce que monsieur demande, — et m'avait apporté du gâteau 5 anisé. J'avais mordu dans mon gâteau ; comme gâteau je n'avais rien à dire contre lui, mais comme pain, attendu qu'il laissait beaucoup à désirer, je l'avais déposé sur une seconde assiette afin de le retrouver plus tard comme pudding; j'avais rappelé le garçon qui était 10 revenu avec la figure d'excellente humeur qu'ont toujours les garçons allemands, et alors ne me fiant plus à mon idiome maternel, j'avais hasardé dans le meilleur saxon le mot Bjvt

— Ah! je comprends, avait alors répondu le garçon 15 tout joyeux d'avoir enfin interprété exactement ma

pensée, monsieur me demande du Pumpernickel. Et, sans attendre ma réponse, il s'était élancé hors de l'appartement.

Je n'avais fait aucun effort pour l'arrêter, d'abord

20 parce que les deux échantillons de boulangerie que j'avais sous les yeux ne me paraissaient nullement destinés à remplacer le pain, ensuite parce que je n'étais point fâché de voir en face l'animal qu'on désignait sous ce nom formidable de Pumpernickel. Au bout

25 de cinq minutes le garçon rentra avec un de ces jolis pains ronds que dans nos fermes on appelle une miche.

— Ah ! dis-je tout content.

— Ah ! dit le garçon plus content encore que moi.

— Et c'est là ce qu'on appelle ici du Pumpernickel } 30 dis-je en lui prenant la miche des mains.

— Du vrai Pumpernickel .'' il n'y a qu'un seul confiseur qui le fasse bon ici.

— Comment ! ce sont les confiseurs qui font le pain ici }

— Mais ce n'est pas du pain ce que je vous donne,

— Qu'est-ce que c'est donc ?

— C'est du Pumpernickel.

— Le nom ne fait rien à la chose.

— Monsieur a bien raison, le nom ne fait rien à la 5 chose ; d'ailleurs le Pumpernickel, c'est très-bon.

— Nous allons bien voir.

A ces mots, j'essayai de fendre en deux l'espèce de miche que je tenais à la main; mais j'éprouvai une résistance à laquelle je ne m'attendais pas. 10 — Ah ! me dit le garçon, le Pumpernickel, ça ne se coupe pas ; ça se casse, ou il faut des couteaux faits exprès et qui coupent comme des rasoirs.

— Comment ! des couteaux qui coupent comme des rasoirs pour couper du pain ?

15 — J'ai déjà eu l'honneur de dire à monsieur que le Pumpernickel n'était pas du pain.

— Mais qu'est-ce que c'est donc, alors } demandai-je impatienté et en enfonçant involontairement mon pouce à travers la croûte.

20 — Monsieur, ce sont des poires tapées ; c'est du raisin de Corinthe ; ce sont des figues ; toutes sortes de bonnes choses, enfin.

Je cassai mon Pumpernickel, et j'en vis sortir effectivement un assortiment de fruits secs. La croûte était creuse

25 comme celle d'un chausson, et elle ne contenait de mie que juste ce qu'il en fallait pour Her, par une espèce d'épongé, tous ces différents fruits entre eux.

Je fus obligé d'en revenir à mon gâteau ; si bien que, depuis Aix-la-Chapelle, j'étais comme les sujets de je ne

30 sais quelle reine, et, à défaut de pain, je mangeais de la brioche.

A partir de Cologne, la corruption culinaire ne s'était pas arrêtée au pain ; elle avait gagné la viande. Tant qu'on me servait ma brioche et mon bœuf séparés, je

faisais comme les gens qui boivent leur eau dans un verre et leur vin dans l'autre ; de sorte qu'en ne mêlant pas les choses cela allait encore. Une nouvelle épreuve m'attendait à Bonn. Le petit dîner se composait d'un

5 potage aux boulettes, d'un morceau de bœuf aux pruneaux, d'un lièvre aux confitures, et d'un jambon de sanglier aux cerises ; il était impossible, comme on le voit, de se donner plus de peine pour gâter, les unes par les autres, des choses séparément fort estimables.

lo Je ne fis que goûter à ces différents objets. Quand vint le tour du lièvre, le garçon n'y put pas tenir.

— Est-ce que monsieur, demanda-t-il, n'aimerait pas le lièvre aux confitures ?

— Je trouve cela exécrable.

15 — C'est étonnant, pour un grand poète comme monsieur.

— Mais, mon cher ami, qu'est-ce que la poésie a à faire avec le lièvre aux confitures ?

— Notre grand Schiller adorait le fièvre aux confitures. 20 — Eh bien ! je ne suis pas du goût de Schiller, servezmoi du Gîdllaiime Tell ou du Wallenstein, mais emportez votre lièvre.

Le garçon emporta le lièvre; pendant ce temps je goûtai au sanglier aux cerises. Mais le garçon était à 25 peine rentré que je lui tendis de nouveau mon assiette pleine ; son étonnement redoubla.

— Comment, me dit-il, monsieur n'aime pas non plus le porc aux cerises .-*

— Non.

30 — Mais c'est que monsieur Goethe aimait fort le porc aux cerises.

— Je ne le savais pas, mais j'ai le malheur de ne pas avoir les mêmes goûts que l'auteur de Faust. Faitesmoi faire une omelette.

J'attendis patiemment; au bout de quelques minutes,

le garçon revint avec l'omelette demandée : même pour

un connaisseur elle était remarquablement appétissante,

mais quelque faim que j'eusse, je rejetai la première

5 bouchée sur mon assiette.

— Mais, que diable avez-vous donc mis dans votre omelette ? Une omelette, mon cher, cela se fait avec du beurre, des œufs, du sel et du poivre.

— Eh bien ! monsieur, elle est faite avec du beurre, 10 des œufs, du sel et du poivre.

— Et puis quoi encore ?

— Un peu de farine.

— Et puis quoi encore ?

— Un peu de fromage.

15 — Allez toujours.

— Du safran.

— Bon.

— De la muscade, des clous de girofle et un peu de thym !

— Bon, bon, bon ; portez l'omelette avec le reste, et 20 tâchez de me procurer un cicérone au naturel.

Le garçon sortit à la porte ; il rencontra le maître de l'hôtellerie et lui dit quelques mots. Monsieur Simrock s'avança vers moi.

— Monsieur n'est pas content du dîner ? me dit-il 25 avec une aisance et des manières parfaites.

— Mais, répondis-je assez embarrassé des bonnes façons de mon hôte, je n'aime pas les choses que l'on m'a servies : voilà tout.

— Si monsieur avait eu la bonté de dire auparavant 30 qu'il désirait dîner à la française, il n'aurait pas eu ce

désagrément.

— Comment ! lui dis-je, il me serait possible d'avoir du bouillon sans boulettes, du bœuf sans pruneaux, du lièvre sans confitures et du sanglier sans cerises ?

— Monsieur n'aurait qu'à dire.

— Et ... du pain ?

— Mais oui, du pain; j'en fais cuire particulièrement pour ceux qui en mangent.

5 — Ah ! mon cher monsieur Simrock, vous me sauvez la vie ; et quand pourrais-je avoir cela .•*

— Au second dîner.

— Et quand a-t-il lieu, le second dîner ?

— Dans deux heures. En attendant, et pour lui faire 10 passer le goût de nos infamies allemandes, monsieur

prendra un verre de vin du Rhin que j'aurai l'honneur de lui offrir : c'est du Johannisberg.

En ce moment, le garçon rentra portant sur un plateau deux verres et une bouteille au cou allongé. Monsieur 15 Simrock ôta un des deux verres du plateau, remplit l'autre et me l'offrit.

— Et vous ? lui demandai-je.

— Ce serait, me dit monsieur Simrock en s'inclinant, un grand honneur pour moi.

20 — Mais savez-vous, monsieur Simrock, lui dis-je en trinquant avec lui, que vous avez des façons de grand seigneur qui doivent souvent embarrasser vos hôtes.

— Aussi, monsieur, suis-je rarement autre part que 25 dans ma chambre, entre mes livres de compte et mes

livres de poésie. J'ai une belle bibliothèque, un hôtel bien achalandé ; je suis heureux, surtout lorsque. . . .

— Ah ! pas de compliments, monsieur Simrock, je vous en prie ; seulement permettez que le garçon aille

30 me chercher mon cicérone.

— C'est inutile, on met les chevaux à la voiture.

— Comment ! les chevaux à la voiture .-'

— Oui, et si monsieur le permet, j'aurai l'honneur de le conduire moi-même. Nous n'avons pas grand'chose

à voir ; mais de ce peu que nous avons, je serai heureux et fier de lui en faire les honneurs.

Il n'y avait pas moyen de résister à des offres faites de cette façon. On vint annoncer que les chevaux étaient 5 attelés, et nous montâmes en voiture.

Monsieur Simrock avait raison : Bonn renferme peu de choses remarquables. Aussi, quand on a visité sa cathédrale, bâtie dans le style byzantin, sur l'emplacement d'une église fondée par l'impératrice Hélène, vers

10 le commencement du iv^ siècle; son casino, où étaient alors exposés les dessins du monument de Beethoven ; le jardin de la cour, avec sa magnifique terrasse donnant sur le Rhin, on a à peu près tout vu. Cela s'accordait à merveille avec mon appétit; et, comme

15 nous revînmes à trois heures juste, je n'eus qu'à me mettre à table.

Le dîner était parfait; c'était la première fois que je mangeais sérieusement depuis Liège.

Après le dîner, monsieur Simrock me proposa de

20 faire avec lui une nouvelle course, de l'autre côté de la rivière, à l'ancien couvent de Schwarz Rheindorf. Comme on le pense bien, j'acceptai sans hésitation.

Nous prîmes un petit bateau, et nous traversâmes le Rhin.

25 Schwarz Rheindorf est une ancienne église collégiale fort remarquable, avec deux voûtes au-dessous l'une de l'autre. La voûte supérieure forme l'église elle-même ; la voûte inférieure est un caveau de sépulture où se trouve le tombeau de sainte Adélaïde de Quelder.

30 Cette Adélaïde de Quelder était, je crois, la sœur de l'empereur Othon IIL On me pardonnerait, j'espère, si je me trompais d'un numéro; car j'écris d'après des traditions orales, et non point d'après des archives imprimées. Donc, en pieuse supérieure qu'elle était,

elle exerçait ses religieuses au chant, et toutes chantaient à qui mieux mieux, excepté une seule, la plus jolie de toutes, dont la voix faussait de telle façon, qu'elle désaccordait toute la communauté. Ce défaut d'organi-

5 sation mettait au désespoir la bonne supérieure, qui, dans un moment où la pauvre nonne lui déchirait le tympan par un fausset inouï, se trouva si fort agacée qu'elle ne put se retenir ; elle lui donna un soufflet tellement vigoureux, que la religieuse tomba en convul-

10 sions ; mais aussi, revenue de ces convulsions, elle fut tout étonnée de chanter comme un rossignol.

Nous repassâmes le Rhin sur la rive gauche, où la voiture nous attendait ; et, après nous être arrêtés un instant pour admirer la vue qui s'étend de là d'un côté

15 jusqu'aux sept monts, et de l'autre presque jusqu'à Cologne, nous reprîmes le chemin de la ville.

J'avais Jaissé passer l'heure du goûter, mais monsieur Simrock me fit observer que je pouvais encore souper et après souper prendre le thé, ce qui était une com-

20 pensation au repas que j'avais laissé en arrière. Malheureusement j'avais si bien dîné, que ces offres, si attrayantes qu'elles fussent, ne pouvaient me tenter. D'ailleurs, depuis que j'avais apprécié l'obligeance de monsieur Simrock, je me proposais de lui faire une

25 autre demande.

C'était celle d'un lit où un Français pût dormir. Ceci demande explication.

En général, nous autres Français, soit dit pour l'instruction des peuples étrangers, nous dormons dans un

30 lit: d'ordinaire, ce lit se compose d'une couchette de trois pieds à trois pieds et demi de large, et de cinq pieds huit pouces à six pieds de long. Sur cette couchette, on met un sommier, un lit de plume, un ou deux matelas, une paire de draps blancs, une couverture, un

traversin, un oreiller ; puis on borde le lit, celui pour lequel il est destiné se glisse entre les deux draps, et pour peu qu'il n'ait pas pris une trop grande quantité de café noir ou de thé vert, et qu'il ait une bonne santé 5 et une conscience pure, il s'endort : quant à la longueur du sommeil, cela dépend de l'organisation.

Or, dans un lit comme celui-là, tout homme peut dormir ; à moins qu'il n'y mette de la mauvaise volonté.

Mais en Allemagne, il n'en est point ainsi des lits. 10 Voici de quoi se compose un lit allemand.

D'abord d'une couchette de deux pieds à deux pieds et demi de large, et de cinq pieds à cinq pieds et demi de long. Procuste a voyagé en Allemagne et y a laissé ses modèles.

15 Sur cette couchette on étend une espèce de sac rempli de copeaux destiné à remplacer le sommier.

Sur le sac de copeaux on étend un énorme lit de plumes.

Sur le lit de plume on pose proprement un drap plus

20 court et moins large que le lit de plume : l'aubergiste

appelle ce fragment de linge un drap ; puis enfin sur

ce drap, on étend une courte-pointe piquée et doublée

d'un second lit de plume moins épais que le premier.

Deux ou trois oreillers empilés au chevet complètent 25 cet étrange échafaudage.

Si c'est un Français qui couche dans le lit, comme le Français est un peuple vif et effervescent, c'est la réputation que nous avons en Allemagne, ledit Français s'y fourre sans précaution, de sorte qu'au bout de cinq 30 minutes les oreillers sont tombés d'un côté, la courtepointe pend de l'autre, le drap est roulé et est devenu invisible ; si bien que le susdit Français se trouve enfoncé dans son lit de plume, ayant un côté de son individu en sueur et l'autre glacé.

Il a le choix.

Si c'est un Allemand, comme l'Allemand est un peuple calme et vertueux, ledit Allemand soulève avec précaution la courte-pointe piquée, se couche sur le dos, 5 appuie les reins aux trois oreillers et les pieds à l'extrémité de la couchette, de manière à former un N ; il pose sur ses rotules sa courte-pointe, ferme les yeux, s'endort et se réveille le lendemain matin sans avoir changé de position.

10 Mais on comprend que pour arriver à ce résultat il faut être calme et vertueux comme un Allemand.

Or, je ne sais pas laquelle de ces deux qualités me manquait, mais, ce que je sais bien, c'est que je ne dormais plus, que je maigrissais à vue d'œil, et que je tous- 15 sais à me déchirer la poitrine.

Voilà pourquoi je demandai un lit à la française.

Monsieur Simrock en avait six.

Je lui aurais sauté au cou.

On me conduisit à ma chambre. Mon hôte ne 20 m'avait point trompé, c'était un véritable lit, avec un véritable sommier, de véritables matelas, de véritables draps, une véritable couverture et un vrai traversin. Je me couchai donc avec un sentiment de satisfaction que l'on peut bien comprendre.

25 Le lendemain matin, le garçon me réveilla à cinq heures, et je lui dis d'aller me chercher la carte pendant que je m'habillais ; il sortit, et rentra un instant après avec l'addition demandée.

Je cherchai en vain sur la carte le verre de Johannis- 30 berg que j'avais bu en arrivant, et le prix de la voiture. Quant au reste, j'étais traité comme tout le monde: c'était d'un goût excellent. Je demandai alors au garçon si, ainsi que je le lui avais dit, il m'avait procuré un moyen de transport quelconque.? Il me répondit que monsieur

Simrock m'attendait en bas avec sa voiture ; il désirait me conduire jusqu'à Riingsdorf, c'est-à-dire jusqu'en face des sept monts.

Je descendis ; je montai aussitôt en voiture, et nous 5 partîmes.

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