‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 120 sur 147 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ce qu'il faut observer avant la méditation.

ux sortes de préparation. — La préparation éloignée: 1° Elle combat les obstacles: l'orgueil, la dissimulation, tout ce qui est péché, la dissipation de l'âme ; 2° elle emploie les moyens ; les vertus contraires, surtout la mortification. — La préparation prochaine : elle renferme ce que l'on doit faire la veille, avant le sommeil ; le matin, au commencement de la méditation.

On distingue deux sortes de préparation: l'une éloignée, l'autre prochaine. Nous avons déjà dit quelque chose de la préparation éloignée ; car ce désir vrai et sincère de notre avancement, dont nous avons fait entrevoir la nécessité absolue pour méditer avec fruit, serait seule une excellente préparation à la méditation. Mais pour plus de clarté, nous entrerons dans quelques détails sur ce sujet.

La préparation éloignée à la méditation n'est autre chose qu'une disposition de l'âme qui la rend propre à méditer avec fruits en éloignant les obstacles et en employant les moyens. Nous ne connaissons que trop les obstacles à la méditation: il surlira de rappeler les principaux. Premier obstacle à la méditation : l'orgueil et la vaine •îstime de soi-même; car il est écrit que les entretiens iu Seigneur sont avec les simples et avec les humbles (1 ) . U regarde les humbles avec complaisance, et il ne voit que le loin les esprits hautains et superbes (2). Second obsîcle : la dissimulation ou le désir de paraître ce que l'on

(1) Cum simplicibus sermocinatio ejus. (Prov. m, 32.)

(2) Dominus... humilia respicit, et alta à longe eognoscit. (Ps. cxxxvn, 6.)

n'est pas ; car l' Esprit-Saint, qui est le premier maître de cette science intérieure, fuit le déguisement (1). Troisième obstacle : tous les péchés auxquels l'Ame est attachée, et qu'elle ne travaille pas à détruire; parce que la sagesse n'entrera point dans une âme méchante, et qu'elle n'habitera pas dans un corps assujetti au péché (2). Et nous devons croire que le texte sacré ne fait ici mention, d'une manière aussi expresse, de la souillure du corps, que pour nous avertir avec force combien les péchés et les fautes contre la vertu angélique sont contraires aux grâces de L'Esprit-Saint. Enfin, c'est encore un grand obstacle à la méditation, que la dissipation de 1 âme et la négligence de la garde des sens pendant le jour. Comment, en effet, méditer avec dévotion, quand on apporte à cet exercice une imagination remplie de bagatelles? Gomment être recueilli pendant l'oraison, lorsque, moins pour satisfaire aux obligations de son emploi que pour contenter sa curiosité, son immodestie et ses autres penchants vicieux, on entretient volontairement son esprit el son cœur dans une continuelle dissipation? Tels sont, pour ne point parler des autres, les principaux obstacles que doit combattre sérieusement celui qui veut médite* avec fruit.

Il doit encore employer les moyens. Us se réduisent presque uniquement à l'exercice des vertus contraires g ces obstacles, et sont l'humilité, la simplicité ou la droiture dans nos actions, la garde des sens, etc. La pratique de ces vertus contribue beaucoup à établir l'âme dans le repos, et à la rendre par là même plus apte à la méditation; elle attire aussi sur elle une effusion plus

(1) Spiritus enim disciplina? sanctus eftugiet fictum. {Sap. i, 5.)

(2) Quoniam in malevolam animam non introibit sapientia, nec habitabit in corpore subdito peccatis. (Sap. u 4.)

abondante des grâces divines. Heureux ceux qui ont le cœur pur parce qu'ils verront Dieu (1). C'est sur eux que Dieu se plaît à faire briller la lumière de son visage ( '2) pendant l'oraison. Mais n'oublions pas la mortification Elle est comme le prix auquel Dieu veut que nous achetions le don de la méditation. En effet, on voit ordinairement que plus quelqu'un s'adonne à la mortification, plus il trouve de goût dans l'oraison, et que ce goût diminue dans la même proportion que la pratique de celte vertu. C'est, que Dieu nous accorde volontiers ce qu'il nous voit désirer avec tant d'ardeur, que nous sommes prêts à Tacheter au prix de tous les sacrifices, sans épargner notre propre corps.

Je l'avoue, cette disposition habituelle de l'âme, que j'indique comme préparation éloignée, paraît supposer l'usage de la méditation, d'une méditation même qui déjà aurait produit des fruits. Mais cette disposition a plusieurs degrés; et celui qui veut se livrera l'exercice de la méditation avec profit doit au moins posséder les premiers. — Quant au désir sincère d'avancer dans la vertu, tous doivent l'avoir, même les novices, puisque la perfection est Tunique fin que nous devons nous être proposée en entrant dans la Compagnie.

La préparation prochaine consiste, d'après le livre des Exercices spirituels de S. Ignace, dans les points suivants. La vei le, on lira ou ou entendra lire attentivement le sujet de la méditation du lendemain, pensant quel fruit on en pourra retirer relativement à l'état de i-on âme. Après s'être mis au lit, on repassera brièvement le même sujet avant de s'endormir.

(1) Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt. {Matth. v, 8.)

(2) Illuminet vultum suum super no?. [Ps. lxvi, 2.)

Le matin, la première pensée qui suivra le réveil sera encore le sujet de la méditation.

En se levant, en allant et venant, on entretiendra cette pensée, et on nourrira des sentiments conformes au sujet de la méditation.

Enfin on commencera la méditation avec un esprit calme et recueilli : « Je me tiendrai debout, ce sont les paroles mêmes de notre bienheureux Père, le temps de réciter l'Oraison dominicale, à un ou deux pas de l'endroit où je dois méditer, l'esprit élevé vers le ciel et considérant comment Dieu, notre Seigneur, me regarde, d Il faut donc penser en présence de qui nous sommes, à qui nous allons parler, et, avant de nous mettre à genoux, nous représenter avec une foi vive Dieu présent, et pénétrant de son regard jusqu'au plus intime de notre âme. Je dis : Avant de nous mettre à genoux; car ce vif sentiment de la présence de Dieu, nous devons l'exciter en nous, non après l'oraison préparatoire et en forme de prélude, mais avant l'oraison préparatoire, aussi bien qu'avant toute autre prière. J'ai cru devoir insister sur ce premier acte de la méditation, parce qu'on l'omet souvent pour se jeter à genoux avec une sorte de précipitation, sans songer à ce que l'on va faire.

Il n'est aucun de ces points qui ne soit d'une grande importance, et chacun peut se persuader que ses progrès dans l'oraison mentale seront rapides, s'il les observe avec une grande fidélité; qu'ils ne seront que médiocres, s'il les observe avec moins d'exactitude; qu'ils seront nuls, s'il n'y fait aucune attention. Préparez votre âme avant la prière, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu, nous dit V Ecclésiastique (A). Voilà ce que saint

i) Ante oratior.em prœpara animam tuam ; et noli esse quasi homo qui tentât Deum. (Eccli, xviu, 23.)

Ignace, notre bienheureux Père, prescrit avant l'oraison; voilà ce qu'il a fait lui-même, ce qu'il n'omit jamais d'accomplir fidèlement, bien que Dieu lui eût communiqué un don spécial d'oraison, et qu'il l'eût élevé à un degré sublime de contemplation. Combien donc n'est-il pas juste, étant aussi peu versés dans cet exercice, si enclins à la dissipation, si sujets aux distractions de tout genre, que nous nous acquittions dans tous les détails, et avec le plus grand soin, de cette préparation ?

On reconnaîtra ici, pour le rappeler en passant, la raison de cette persévérance que l'on met à nous recommander le silence le plus strict, la modestie la plus sévère, le soir avant le repos, et le matin avant la méditation. C'est que toute faute de ce genre, commise dans ces moments, a une influence marquée sur la méditation même, et peut être un grand obstacle à son succès, soit à cause de la dissipation à laquelle l'âme se livre par de semblables imperfections, soit à raison de la soustraction de la grâce divine, châtiment de ces sortes d'infidélités.

Nous pouvons encore ajoutera la préparation prochaine la pratique suivante. Dans la visite qui se fait le matin au très-saint Sacrement, nous recommanderons le bon succès de notre méditation à Notre-Seigneur Jésus-Christ réellement présent, à la très-sainte Vierge sa Mère, et à nos saints Patrons, implorant leur intercession spéciale pour l'heure de l'oraison.

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