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LE COMMENCEMENT DE LA MÉDITATION

Adoration. — Oraison préparatoire. — Préludes.

On entend par commencement ou entrée de la méditation, les actes qui se doivent faire avant d'aborder les points ou le sujet que l'on doit méditer. Ces actes sont au nombre de trois.

Premièrement, l'adoration. On adorera profondément la Majesté divine en se mettant à genoux, sauf le cas d'infirmité corporelle, et alors on s'efforcera de suppléer à cet acte extérieur par un plus grand respect intérieur. Tel est le premier acte de la méditation. Pour qu'il soit accompagné de l'affection intime du cœur, il doit luimême être précédé de la considération dont nous avons parlé dans la préparation prochaine. Que vais-je faire ? Quel est le Seigneur en présence de qui je suis ? Et, animé d'une foi aussi vive que si je voyais le ciel ouvert au-dessus de moi, que si le Dieu de gloire et de majesté, environné de tous les anges, de tous les saints et de toute la cour céleste, avait les yeux fixés sur moi pour contempler ce que je vais faire, comment je vais prier; je fléchirai humblement les genoux, et réciterai, avec

toute la dévotion dont je suis capable, l'oraison préparatoire accoutumée (1).

Secondement Yoraison préparatoire. Cette prière est la même pour toutes les méditations. Elle renferme, outre l'acte d'adoration, qui est un aveu de son néant en présence de la Majesté divine, la douleur et la détestation de. ses péchés, à laquelle il est si juste de s'exciter avant toute prière ; de plus, Voffrande de soi-même et de ses puissances afin de bien méditer, et enfin la demande du secours divin afin de bien prier. — On fera en sorte que ces actes partent moins de la bouche que du cœur. On aura soin surtout de ne jamais les omettre, un empêchement imprévu obligeât-il de commencer la méditation après l'heure marquée.

Troisièmement, les préludes, qui sont toujours au nombre de deux pour le moins.

Premier prélude. 1° Pour les objets sensibles.

Le premier prélude sert à fixer l'imagination et à éloigner plus efficacement les distractions. Saint Ignace l'appelle la composition de lieu. Elle consiste à se mettre sous les yeux le sujet de la méditation. Je dois, par exemple, méditer sur Jésus en Croix : je m'imaginerai que je suis sur la montagne du Calvaire. Là je verrai Jésus-Christ, couvert de plaies, ruisselant de sang, attaché au bois de son supplice entre deux larrons ; et près de la croix, Jean, Madeleine, et quelques autres pieuses femmes. J'entendrai les blasphèmes et les sarcasmes de cette multitude d'hommes impies, témoins

(1) Saint Ignace n'a pas formulé cette prière : il s'est contenté de dire que « l'oraison préparatoire consiste à demander à Dieu que toutes mes intentions, toutes mes actions, toutes les opérations de mon âme soient purement dirigées à son service et à la louange de sa divine Majesté. » (Exerc. spirit., prem. semaine, prem. jour, prem. Exercice.)

du Crucifiement du Fils de Dieu. Si le sujet de la méditation est la Naissance de Notre-Seigneur, je nie figurerai ce mystère tel qu'on a coutume de le représenter : une étable abandonnée, ouverte à tous les vents, et dans m\ coin de cette étable, la crèche dans laquelle le divin Enfant, enveloppé de langes, repose et pleure comme les autres entants. La Vierge-Mère et saint Joseph sont auprès de la crèche. Enfin, si le sujet de la méditation le demande, on peut y supposer quelques bergers, etc.

Dans ces méditations sur des objets sensibles, la composition de lieu e.-t ordinairement très-utile, si elle est bien faite, parce qu'elle empêche l'imagination de divaguer, en rattachant à un objet déterminé. Si elle vient à s'échapper dans le cours de la méditation, il faut recourir à la même composition ou représentation mentale, à l'exemple de ceux qui, examinant soigneusement un objet, et se trouvant distants par quelques clameurs ou quelque événement fortuit, se recueillent bientôt en eux-mêmes et s'appliquent de nouveau à la considération de l'objet dont leur attention a été détournée.

Toutefois on évitera avec soin, crans la représentation de ces objets sensibles, de se les figurer comme de simples tableaux ou comme des faits accomplis il y a plusieurs siècles. On agira, au contraire, comme si Ton était soi-même actuellement témoin de tous ces faits, comme si l'on était dans l'étable de Bethléhem ou sur le Calvaire, comme voyant tout de ses yeux, comme entendant tout de ses oreilles, comme étanl réellement présent à l'accomplissement de tous ces mystères.

2° Pour les objets non sensibles.

Si le sujet sur lequel on médite ne tombe pas par

lui-même sous les sens, comme le péché, la vertu ou tout autre objet spirituel, ce prélude ne sera point d'un aussi grand secours, à moins que Ton ne soit doué d'une imagination fort vive. Cependant, il ne sera pas entièrement impossible de se faire une sorte de composition de lieu ou de représentation mentaie. Ainsi dans la méditation du péché, dit saint Ignace on pourra, à l'aide de l'imagination, se représenter son âme enfermée dans ce corps mortel comme dans une étroite prison, condamnée à vivre avec lui au milieu de stupides animaux. On pourra encore se représenter le péché sous la forme d'un monstre hideux et horrible ; de même ses effets, comme les feux de l'Enfer préparés au pécheur ; ou encore l'homme sous la puissance du démon, chargé de chaînes pesantes et près d'être précipité dans ce gouffre, lieu de tous les tourments. Ces images et autres semblables pourront s'employer utilement selon la diversité des sujets. Mais il faut déterminer ces sortes d'images ou de préludes dès la veille, en préparant la méditation, observant de ne pas en prendre plusieurs, et de ne pas faire trop d'efforts pour les trouver ou pour se les représenter. Si rien ne s'offre comme de soi-même, le premier préiude consistera simplement à se rappeler le sujet de la méditation.

3° Pour une maxime ou une sentence.

Enfin, si la matière de la méditation est une sentence île Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous prendrons place parmi les disciples du Sauveur ou parmi les autres personnes qui l'entendent, et nous recevrons cette maxime comme sortant de la bouche de ce divin Maître. Si nous méditons sur quelques autres parolesde l'Écriture sainte, nous les entendrons comme de la bouche même àe l'écrivain sacré à qui elles ont été inspirées; nous

poui rons encore supposer que nous les entendons comme venant du haut du ciel, et qu'elles nous sont adressées d'une manière spéciale, à nous, qui allons nous en occuper pendant la méditation. J'en dis autant de toute autre parole ou sentence sur lesquelles nous pourrions méditer.

Second prélude. — Le second prélude est la demande de la grâce ; non plus de la grâce en général de bien méditer (cette demande a été faite dans l'oraison préparatoire), mais de la grâce spéciale d'obtenir le fruit que l'on s'est proposé de tirer de la méditation. On demandera ordinairement deux choses: la lumière de l'entendement, et le mouvement de la volonté, pour connaître et vouloir. Le sujet de la méditation est, par exemple, le péché. Nous demanderons, pour l'entendement, la grâce de connaître combien l'offense de Dieu est un grand mal, et, pour la volonté, la grâce de détester cette offense et de l'avoir en horreur. On trouvera dans tous les livres de piété des formules de demandes adressées aux trois Personnes divines ; on aura recours à ces formules, que l'on particularisera en exprimant le fruit spécial de chaque méditation.

Lorsque le sujet de la méditation est un trait historique, saint Ignace prescrit de se rappeler brièvement, avant les deux préludes précédents, l'ensemble de l'histoire ; viennent ensuite la composition de lieu et la demande de la grâce : ce qui fera trois préludes.

Au reste, le commencement ou l'entrée de la méditation, c'est-à-dire l'adoration, l'oraison préparatoire et les préludes, ne doivent pas excéder ordinairement quatre minutes, ou cinq au plus.

Article deuxième.

LE MILIEU, OU LE CORPS DE LA MÉDITATION. Exercice de la mémoire, de l'entendement, de la volonté.

On entend par le milieu, ou le corps de la méditation, les points que l'on doit avoir préparés dès la veille, et qui sont ordinairement au nombre de deux ou de trois, quelquefois plus. C'est dans la considération et dans l'étude de ces points, ainsi que dans la recherche du fruit spécial que Ton doit en retirer, que consiste proprement la méditation. Je ne dis rien ici de la division des points. On a coutume de les préparer dans quelque auteur ascétique, quand on ne les reçoit pas de vive voix ou par écrit. Quant à la manière de développer son sujet, d'arrêter son esprit sur une vérité donnée et de s'en occuper utilement, de chercher et de trouver dans chaque point le fruit qui lui est propre, d'appliquer, enfin, la vérité que l'on médite à l'état présent de son âme, ce sont autant de questions auxquelles il est important de répondre maintenant.

La méditation consiste donc, selon la pensée de saint Ignace, dans l'application des trois puissances de l'âme : la mémoire, Y entendement et la volonté. Si cette application se fait de la manière requise, la méditation sera bonne. On appliquera successivement chacune des puissances à chacun des points, à moins qu'un seul ne fournisse une matière suffisante pour toute la méditation.

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