LA NÉCESSITÉ
La nécessité embrasse tous les motifs si graves que j'ai de me conformer dans la pratique à la doctrine que je médite, abstraction faite de ce qu'elle a d'ailleurs d'utile ou d'agréable, me parût-elle même offrir les plus grandes difficulté.-. Je dois donc me dire : Si je ne fais pas de ces principes la règle de ma conduite, je nt puis être que malheureux, ou, du moins, je m'expose aux plus grands dangers. Car il n'est point indifférent de faire ou de ne par faire ce que la lumière intérieure m'a montré comme un devoir, il est de toute nécessité que je le fasse. C'était à saint Paul une nécessité d'être un apôtre brûlant de zèle : Cest une nécessité pour moi ; malheur à moi si je n'évanyélise (2) ! Je dois me dire également à moi même : Malheur à moi si je ne deviens humble ! malheur à moi
(\) Levé est mihi omne opus quod fèro, prop'.er magnum illud bouura quod spero.
(2) Nécessitas enim mihi incumhit : vae enim mihi est, si non cvangelizavero. (/ Ccr. ix, 16.)
Il Je ne deviens parfaitement obéissant ! malheur à moi si je ne méprise pas les choses de ce monde ! malheur à moisi je ne travaille pas à devenir an homme mortifié î malheur a moi si je ne tends pas sérieusement à la perfection ! etc. ; parce que ce sont là les obligations de mon état et de ma vocation. Et si je ne m'efforce pas de les remplir, je ne serai point sauvé, ou assurément je m'expose à un danger imminent. Si je veux vivre dans la Com pagnie de Jésus, il ne m'est pas libre d'être ou de n'être pas un bon religieux ; je ne puis pas dire que je ferai bien d'observer mes règles, de m'acquiiter des obligations de ma vocation; mai? que je ne ferai pas mal en négligeant les unes et les autres. 11 n'eu est pas ainsi : c'est une nécessité absolue pour moi d'observer ces règles, d'accomplir ces devoirs. Autrement, je ne suis pas en sûreté; et malheur à moi ! Ce n'est pas une grâce que je fais à Dieu de le servir fidèlement et religieusement; même alors je suis un serviteur inutile ; je fais ce que je dois faire : mais je commets à son égard une injustice en ne le servant pas de la sorte. — Ce motif de la nécessité ne laisse pas de conserver une véritable force dans les points mêmes qui ne semblent être que de plus grande perfection, supposé qu'ils me soient connus, et que Dieu me porte à les embrasser. Car, même en ce cas, mon infidélité et ma désobéissance à la voix divine qui m'appelle peuvent attirer sur moi les plus grands malheurs, et spécialement le plus terrible de tous, celui d'être abandonné de Dieu et rejeté comme un serviteur infidèle et désobéissant.
Puisque le motif de la nécessité a toujours une si grande force pour déterminer notre volonté, nous devons surtout l'invoquer dans les circonstances les plus difficiles, et lorsque la crainte des difficultés et la lâcheté naturelle se réunissent pour appesantir no're âme. Alors, plus que
jamais, nous nous représenterons vivement les châtiments divins : les peines du purgatoire, les flammes de l'enfer, les menaces de Dieu contre les tièdes, qu'il commence à vomir de sa bouche ; la crainte de la mort et du jugement : aiguillons puissants pour nous aider à secouer notre engourdissement et à sortir de notre paresse.
C'est ainsi que l'on pourra développer celte question : Quels motifs ni engagent à suivre celte doctrii t pratique ? On s'acquittera avec le plus grand soin de celte partie de la méditation, afin que notre vertu ne soit point dépendante des circonstances, de l'occasion, du moment ; mais qu'elle soit solide et basée sur des motifs surnaturels que l'entendement aura bien médités et bien compris. 11 me semble inutile d'apporter d'autres exemples. Cette question nous a fourni assez de développements pour que l'on pubse en faire soi-même l'application aux divers sujets : je passe donc à la suivante.