QUATRIÈME QUESTION
Comment al-Je suivi jusqu'Ici cette doctrine y
Ce point est comme un examen de conscience, dans lequel nous nous demandons compte de notre conduite passée relativement à la vérité que nous méditons. Si notre manière d'agir a élé conforme jusqu'ici à ce que cette vérité nous enseigne, nous en rendons grâces à Dieu; si elle y a été contraire, nous nous confondons intérieurement, nous en rougissons devant Dieu, et nous prenons des mesures pour l'avenir. Mais gardons-nous de nous en rapporter trop facilement à nous-mêmes, supposé que notre conscience ne nous fasse aucun reproche. L'amour propre, le défaut de connaissance de notre Antérieur peuvent £»< i.'ement nous tromper ; nous
aimons tant à nous flatter cravoir fait quelques progrès dans la pratique de la vertu ! Cette illusion est plus à craindre pour ceux qui entrent dans la carrière. Ils auront reçu quelque lumière sur un point pratique de la vie spirituelle ; ils en auront compris les raisons et les motifs; du reste, l'occasion de pratiquer cette vertu ne s'est pas encore présentée ; ils s'imaginent aussitôt l'avoir acquise, bien qu'ils en soient très-éloignés, ce qu'une expérience funeste leur fera peut-être connaître plus tard à leurs dépens. Il faut donc toujours nous porter à nous humilier et à nous confondre : il faut nous accuser de n'avoir pas suivi celte doctrine, ou si nous l'avons suivie quelquefois, de ne l'avoir fait que trèsimparfaitement, et d'être restés bien en deçà de ce que demandaient de nous les grâces que nous recevions. Ici encore descendons dans le détail de notre conduite ; venons-en aux occasions particulières; c'est le meilleur moyen de connaître où nous en sommes, pour la vertu comme pour le vice. Que l'on se contente de se demander en général: Ai- je méprisé le monde? commencé- je du moins à le mépriser maintenant ? peut-être, pour le moment présent, pourra-t-on se répondre avec quelque vérité : Je le méprise. Mais, que l'on se fasse cette question particulière : « Quels sont mes sentiments lorsqu'on • vient à me tourner en dérision, à me mépriser , à » nïhumilier, à me traiter avec moins d'égards, à déd noncer mes défauts ou à m'en reprendre? » peut-être alors commencera-ton à porter de soi-même un tout autre jugement ; peut-être alors sera-t-on obligé d'avouer que, dans le fond, on est encore l'esclave de la vanité et du monde, bien loin d'en être le contempteur. On pourra bien encore se trouver réduit à faire le même aveu si l'on s'adresse la demande suivante, opposée à la première : a Quels sont mes sentiments lorsque tout me
» réussit? lorsqu'on m'accorde des marques d'estime el » des louanges ? » Car si dans ces occasions on ressent au fou I du cœur une certaine jouissance, une complaisance secrète, assurément on ne méprise pas encore le monde. — Faisons le même raisonnement touchant la sensualité et la recherche des aises du corps, touchan' l'amour des richesses et des biens temporels, touchan' les vertus et les vices. Si nous nous bornons à un examen général et spéculatif, nous croirons facilement avoir vaincu les vices et acquis toutes les vertus ; mais si nous descendons dans le détail, nous trouverons que nous sommes fort éloignés de l'un et de l'autre. — Le fruit principal que nous devons chercher à retirer de cette quatrième question est donc une véritable connaissance de nous-mêmes, qui nous portera à nous humilier sincèrement et profondément en la présence de Dieu, nous accusant et nous condamnant devant lui.