‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 137 sur 147 · LA RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

LA RÉCAPITULATION

La récapitulation est ie second point de la réflexion, et doit aller de front avec le premier, qui est Yexamen. On repasse donc dans son esprit toute la suite de la méditation ; on examine ce que l'on a fait dans le premier,

le second et le troisième point; et, en recherchant dans cetordre les défauts dans lesquels on e^t tombé, ou plutôt, tandis qu'ils se présentent comme d'eux-mêmes à notre mémoire, on se rappelle en même temps les con-, clusions pratiques que l'on a déduites, les motifs sur les quels on les a appuyées, les bons mouvements qu'ils o?>t produits en nous, les résolutions que l'on a formées. Sî l'on a reçu une lumière particulière sur quelque point • si l'on a compris une vérité avec plus de clarté que de coutume; si une vérité, une parole, un motif nous a frappés davantage, on le repassera dans son esprit, on le goûtera de nouveau, on le méditera intérieurement, et on se proposera de le repasser, de le goûter et de le méditer souvent dans la suite. On confirmera les résolutions prises dans le cours de la méditation, on en déterminera l'exécution pour un temps marqué, en prévoyant les occasions, s'il est possible. Enfin, on invoquera brièvement le secours divin pour être fidèle à ses promeses. Saint Ignace assigne un quart d'heure environ à la réflexion. Les actes indiqués n'exigent pas ordinairement un quart d'heure entier; cependant ils demandent un certain espace de temps pour être bien faits, au moins un demi-quart d'heure ou dix minutes : assurément deux ou trois minutes ne suffisent pas. Ceux qui ont un véritable désir de leur perfection accorderont volontiers à cet exercice le temps convenable : l'expé» rience leur en a fait connaître l'utilité. La réflexion sera pour eux comme la récolte des fruits que la méditation aura produits, et qui, sans ce travail, devaient périr. V, leur arrivera même assez souvent de trouver dans la réflexion ce qu'ils auront inutilement cherché dans la méditation même : le goût de la dévotion. Ils s'étaient trouvés dans un état de sécheresse, sans éprouver aucun bon désir, sans former aucun bon propos, de leur faute ou

non ; et voilà que Dieu supplée abondamment à tout dan» ce moment ; ils prennent de bonnes résolutions, non moins efficaces que si elles s'étaient présentées dans le temps même de l'oraison. Mais, en tout ceci, l'expérience en apprendra bien plus que les paroles et les écrits des hommes. La bonté de Dieu est au-dessus de nos expressions et de nos idées; pour peu que nous apportions un soin sérieux à bien faire, il nous offre aussitôt ses grâces, il nous excite à nous montrer de jour en jour plus diligents, afin de pouvoir nous combler à son tour plus libcralement de nouvelles faveurs.

On peut ajouter à la réflexion un moyen, ou, si l'on veut, une industrie, dont plusieurs se servent avec beaucoup de fruit pour être fidèles à leurs résolutions. Ils choisissent une oraison jaculatoire conforme au sujet de leur méditation et à leurs résolutions; ils la répètent souvent durant le jour, et se rappellent ainsi et leur méditation et leurs bons propos. Et si le fruit de la méditation est en rapport avec le sujet de l'examen particulier, comme nous l'avons conseillé en parlant des résolutions, on comprend le profit spirituel que l'on peut retirer de celte pratique. Il arrive souvent que nous violons nos résolutions, parce que les vérités à la lumière desquelles nous les avions conçues, s'obscurcissent dans notre esprit et finissent par s'évanouir. Le moyen que nous présentons ne servira pas peu à conserver cette lumière. Pourquoi les saints ont-ils été saints? Parce qu'ayant toujours présente à l'esprit la lumière des vérités éternelles, ils se sentaient puissamment portés par la grâce à prendre en toutes choses ces mêmes vérités pour règle de leurs actions.

Enfin, il ne faut pas négliger une pratique souvent recommandée, et familière à ceux qui ont à cœur leur perfection. Cette pratique consiste à prendre par écrit

quelques notes sur la méditation , afin de pouvoir les relire de temps en temps dans la suite. On remarquera qu'il faut noter les lumières et les résolutions. Si l'on n'écrit que les résolutions, sans ajouter quelques-uns des motifs qui les ont fait prendre, elles manqueront ordinairement de force pour presser leur exécution. On notera donc, surtout, les lumières : je veux dire les vérités que Vott a bien comprises, les illustrations de l'entendement, les bonnes ppnsées, les motifs qui ont déterminé à prendre de semblables résolutions, et lorsque dans la suite on relira, à certains temps, ces résolutions et les lumières qui les ont fait prendre, on se sentira plus efficacement excité à les observer fidèlement. Ordinairement, cependant, ces notes ne doivent pas être verbeuses, mais courtes et claires. Il ne faut pas non plus noter toutes les résolutions, mais les principales, ou celles que l'on n'a pas l'occasion d'observer chaque jour. Quant à celles qui regardent nos actions ordinaires et uos défauts habituels, c'est moins par des notes écrites que par une prompte exécution et par la pratique journalière qu'il faut les fixer dans la mémoire. — Au reste, c'est surtout pendant les Exercices annuels que l'on doit prendre exactement note des lumières et des résolutions ; car il ne s'agit pas seulement alors de régler ses actions pour un ou deux jours, mais de se tracer une ligne de conduite pour une année entière, et, en certains points, pour la vie. Mais qu'il me suffise d'avoir touché en passant ce sujet.

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