‹ Exercices spirituels de saint Ignace de LoyolaChapitre 17 sur 147 · Sont créées pour l'homme · texte numérisé non relu

Sont créées pour l'homme

i. Pour l'homme. — L'homme, dans la création du monde visible, est la fin du Créateur. Dieu a tout créé avant l'homme. 11 a préparé à l'homme une demeure ; il lui a superbement meublé et magnifiquement orné un richf palais ; puis il a fait l'homme, aux ordres et au service duquel il a destiné et soumis toutes les créatures.

2. Pour l'homme. — L'homme pour Dieu, les créatures pour l'homme. Otez l'homme, faites disparaître du milieu des autres créatures, la seule qui soit tout à la Ibis corporelle et raisonnable, il n'y a plus pour le monde visible. Dour l'être privé de mouvement corn/ao

pour l'être privé de raison, de fin possible digne de la sagesse du Créateur.

3. Pour l'homme. — Donc elles pour l'homme, et non l'homme pour elles. L'homme est leur maître, f>t non leur esclave : il doit leur commander, non leur obéir. Plût à Dieu que les affections de l'homme, d'ac- Cuid avec la nature, ne le privassent jamais de eette noble prérogative de prééminence sur les objets créés !

4. Pour l'homme. — Pour le servir ; pour servir à ses besoins, à son utilité, à son plaisir même ; mais aussi à son occupation. L'homme, matière et intelligence ; l'homme, animal raisonnable, a besoin de travail. Même dans l'état d'innocence, Dieu, par un effet de sa sagesse autant que de sa libéralité, avait placé Adam dans le Paradis de délices, afin qu'il le cultivât et qu'il en fût le gardien. Si les créatures, dans l'ordre actuel des choses, sévissent souvent contre les hommes coupable?, ces maux n'en sont pas moins créés pour l'homme, créés pour lui fournir l'occasion de pratiquer la vertu. Or, quoi de p!us utile et de plus nécessaire à l'homme après le péché ? surtout, la fin dernière des créatures étant :

De l'aider dans la poursuite de la fin pour laqelle il est créé.

De l'aider, premièrement, à servir Dieu ici-bas, fin prochaine de l'homme ; secondement, à. sauver son âme: fin dernière de l'homme.

III. Or l'homme, dans l'usage des créatures, peut et doit répondre en trois manières à la fin que le Créateur lui a proposée, et qu'il s'est proposée à lui-même en les tirant toutes du néant.

La première manière est la contemplation : en s'élevant par la considération des créatures à la connaissance du Créateur ; à la connaissance de cette sagesse incréée, de cette puissance infinie, de cette bonté sans

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bornes, de cette beauté sans imperfection, etc. C'est la pensée de l'Apôtre : Ce qu'il y a d'invisible en Dieu est devenu visible par la connaissance que nous en donnent les CRÉ.VTCRES : « Invisibilia enitn ipsius per ea qiis facta slnt, intellect a conspiciuntur. » (Rom. i, 20.)

La seconde manière est l'usage. La règle de cet usage est la nécessité, l'utilité, une récréation honnête, l'exercice convenable des facultés de l'âme et du corps. Ajoutez l'exercice de la patience, s'il s'agit de supporter des choses pénibles à la nature.

La troisième manière est la privation, en nous abstenant de l'usage des biens délectables, par la vertu de tempérance et par la mortification.

De ces trois manières de nous aider des créatures pour obtenir notre fin, la première est sans contredit la plus noble ; la deuxième est commune ; la troisième dont l'application, dans l'état d'innocence, était si facile, et à ne considérer qae la défense du Créateur, se réduisait à si peu de chose, est devenue, dans l'état de nature déchue, d'une nécessité extrême, et devrait être, je ne dis pas fréquente, mais presque continuelle; en sorte que si, dans la pratique, nous paraissions méconnaître cette troisième manière de faire servir les créatures à notre fin, nous manquerions infailliblement de fidélité et de modération dans la deuxième, et nous nous rendrions absolument incapables de la première. Car si, dans l'usage des créatures, l'homme n'est pas constamment maître de lui-même ; s'il ne refuse pas à la volonté propre et à l'inclination naturelle une partie de leurs demandes, il est hors de doute qu'il excédera les bornes de la tempérance, et que, loin de s'élever au Créateur par la consi lération ou par l'usage dos créatures, il demeurera attaché à la matière, qui se changera pour lui en une fange, dans laquelle il s'enfoncera tous les jours

de plus en plus. Si vous accordez à votre âme ses convoitises, elle vous rendra la joie de vos ennemis : « Si prœstes anima? tuœ concupiscent las ejus, faciet te ingaudium inimicis tuis. » [Eccli. xvm, 31.)

Enfin, l'effet principal que doit produire en nous la contemplation des créatures, c'est de nous élever pala considération des biens et des maux visibl s à la pensée des biens et des maux invisibles ; de nous faire regarder les objets visibles comme une figure des objets invisibles, et les choses présentes comme une figure des choses futures. L'homme passe comme l'ombre et en figure, c'est la voix du prophète : « Verumtamen in imagine pertransit homo. » (Ps. xxxvm, 7.) La figdre de ce monde passe, c'est l'enseignement de l'Apôtre : « Prœterit figura hujus mundi. » (/ Cor. vu, 31.)

C'est ainsi que tout ce qui est sur la terre doit être entre les mains de l'homme un instrument à laide duquel il s'efforce de tendre sans cesse vers la fin pour laquelle Dieu l'a créé. — Quel ample sujet de considération et d'application aux besoins personnels du retraitant !

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