DEUXIÈME EXERCICE." <J
Dans le second point, je pèserai mes péchés; c'est-à-dire que je considérerai la laideur et la malice intrinsèque de chaque péché mortel, supposé même qu'il ne soit pas défendu (1).
Dans le troisième, je considérerai qui je suis, en m'efforçant par diverses romparaisons de paraître de plus en plus petit à mes yeux. Premièrement (2), que suis-je en comparaison de tous les
tra pleine i* de la fange de nos péchés, 2° de la boue de nos négligences, 3° de la poussière de nos défauts et de nos imperfections; et celui qui a les yeux du cœur éclairés découvrira, par une considération attentive, que cette poussière est infinie.
(1) A cause du dérèglement qu'ils renferment, et de leur opposition avec la droite raison, quand même par impossible, lorsqu'il s'agit des préceptes de la loi naturelle, il n'existerait pas de loi prohibitive. IN'est-il pas évident, par exemple, que le blasphème, le parjure, la calomnie, l'oppression de l'innocent, la trahison, la fomentation de la discorde, etc., ont en eux-mêmes quelque chose de honteux, de contraire à la rectitude naturelle, abstraction faite des loisqui lesdéfendentet des châtiments qui sont la sanction de ces lois? Je dis plus, les péchés véniels, et même les imperfections, ne sont-ils pas, considérés en eux-mêmes, pleins de vanité, de folie, d'absurdité, et indignes de l'âme raisonnable et immortelle, indépendamment des lois et des châtiments?
(2) Premièrement, deuxièmement, troisièmement, etc. — Énumération par gradation. D'abord, tout ce qu'il y a de bon en moi s'évanouit et est réduit à rien par cette comparaison 1 ° avet les autres hommes, 2° avec les anges et les saints, 3° avec Dieu même. Ensuite le mal qui est en moi est mis à découvert sans ménagements, et dans toute sa laideur : 1° lu hideuse corruption de mon corps, suite du vice de ma nature gâtée par le péché originel ; 2° une corruption plus dégradante encore dans l'âme : d'abord les passions mauvaises, ces sources empoisonnées de toutes les actions honteuses, ces ulcères infect» de l'âme ; puis tant de dérèglements et de péchés actuels com-
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hommes? Deuxièmement, que sont tous les hommes en comparaison de tous les Auges et de tous les Saints du paradis? Troisièmement, que sont toutes les créatures en comparaison de Dieu? Donc moi seul, enfin, que puis-je être? Quatrièmement, je considérerai toute la corruption et toute l'infection de mon corps. Cinquièmement, je me regarderai comme un ulcère et un abcès d'où sont sortis tant de péchés, tant de crimes et tant ( e souillures honteuses.
Dans le quatrième point, je m'appliquerai à connaître Dieu, que j'ai offensé. Je m'aiderai de la considération de ses attributs, que je comparerai aux défauts contraires qui sont en moi : sa sagesse à mon ignorance (1), sa toute-puissance à ma faiblesse, sa justice à mon iniquité, sa bonté à ma malice.
Le cinquième point sera le cri d'étonnement d'une âme profondément émue (2). Je parcourrais avec délibération : ce qui devrait me faire regarder avec horreur de tous les hommes comme un lépreux ou un pestiféré.
(1) Sa sagesse à mon ignorance. — Considérer l'une après l'autre chaque perfection divine, la comparant avec le défaut contraire qui est en moi.
(2) Textuellement : Sera une exclamation a" élonnement avec un sentiment accru, ou profond. — C'est, comme nous le faisions remarquer dans le second prélude, note 1, page 68, une douleur devenue grande, forte, véhénvntt:, par ses accroissements. On peut donc considérer cettw expression comme une métaphore tirée des eaux d'une rivière qui s accroissent et qui s'élèvent. En effet; si l'on a examiné et médité sérieusement les vérités exposées dans les points précédents, il est comme impossible que l'on ne sente naître et s'accroître dan»
rai toutes les créatures, leur demandant comment elles m'ont laissé la vie, comment elles ont concouru à me la conserver. Je demanderai aux Anges, qui sont le glaive de la justice divine, comment ils mont souffert et gardé, comment ils ont même prié pour moi ; aux Suints, comment ils ont aussi intercède et prié pour moi. Je m'étonnerai que les cieux. le soleil, la lune, les étoiles et les éléments, les fruits de la terre, les oiseaux, les poissons et les animaux; que toutes les créatures aient continué à me. servir et ne se soient point élevées contre moi ; que la terre ne se soit pas entrouverte pourm'engloutir, creusant de nouveaux enfers où je devais brûler éternellement.
Je terminerai par un colloque, dans lequel j'exalterai la miséricorde de mon Dieu ; je lui rendrai grâces de m'avoir conservé la vie jusqu'à ce moment, et je prendrai la résolution de me corriger avec le secours de sa grâce. Notre Père, etc.
Le troisième Exercice est la répétition du premier et du deuxième, terminée par trois colloques.
Après l'oraison préparatoire et les deux préludes., je répéterai le premier Exercice et le
son cœur des affections sans nombre, et. surtout celles de la crainte, de la confusion, de la douleur, qui viendront nourrir et augmenter la source de nos larmes, ou du mcins la vivacité de notre repentir.
deuxième (I), faisant une attention spéciale aux endroits qui m'auront fait éprouver plus de consolation ou de désolation, et que j'aurai médités avec plus de goût spirituel, m'y arrêtant quelque temps.
(1) Le premier Exercice et le deuxième. — Séparément et ans les confondre; c'est-à-dire, ne pas confondre en une seule les deux méditations précédentes, mais parcourir successivement les points de Tune et l'autre; premièrement ceux de la première, secondement ceux de la seconde. On ne restera pourtant pas le même temps sur tous les points ; mais on consultera le goût ou le sentiment intérieur que l'on a éprouvé en les méditant la première fois.
[ « L'usage de ces répétitions, dit le Directoire (ch. xv, n° 2), est très-utile. Car il arrive souvent, lorsque nous méditons un sujet pour la première fois, que l'entendement, se laissant aller à une curiosité naturelle, se repaît de la nouveauté des objets ; mais lorsque, dans la suite, nous modérons la spéculation ou le travail de l'intelligence, la voie commence à s'ouvrir aux affections intérieures, dans lesquelles consiste principalement le fruit de la méditation. Il faut donc éviter, dans les répétitions, les raisonnements trop longs et trop multipliés; mais seulement se rappc'er à la mémoire, se représenter, et comme parcourir les vérités que nous avons déjà méditées, en nous y arrêtant et en les goûtant par l'affection et la volonté. »
« Quant à ce qui est dit, continue le Directoire (na 3), oans le livre des Exercices, première semaine, troisième Exercice, qu'il faut s'arrêter davantage aux endroits dans lesquels on aura éprouvé plus de consolation ou de désolation, cela signifie qu'il faut revenir, non-seulement sur les passages qui nous auront donné plus de lumière ou de ferveur, mais encore sur les points dans la méditation desquels nous n'aurions éprouvé que sécheresse; parce qu'il arrive souvent que ce sont ceux-là mêmes qui nous procurent une plus grande abondance de consolation. On peut même, surtout dans la première semaine, répéter deux fois le même sujet, si l'on y est porté par une grande consolation ou un bon mouvement spirituel. » 1
Je ferai ensuite les trois colloques (1), de la manière suivante :
Le premier à Notre-Dame, pour qu'elle m'obtienne de son Fils et Seigneur trois grâces : la première, de connaître dune connaissance intime mes péchés et d'en concevoir de l'horreur; la deuxième, de sentir le désordre de mes actions, afin que, le détestant, je me corrige et je règle ma conduite ; la troisième, de connaître le monde (2) ,
(1) Je ferai ensuite les trois colloques. — Le moment de faire ces colloques n'est pas indifférent. Sans doute lorsqu'on se sent porté à les faire dans le cours de l'Exercice, on peut suivre l'attrait intérieur; mais ils sont toujours d'obligation à la fin, que l'on s'y sente porté ou non. La sécheresse spirituelle, loin d'être un motif pour les omettre, en est un pour les faire avec plus d'application et de fidélité.
(2) De connaître le monde. — Il faut désirer ardemment et demander instamment de connaître et d'avoir en horreur non-seulement la malice du monde, mais la vanité du monde, mais tout ce qui est compris dans ce mot, le monde. — 11 y a dans ce triple colloque une gradation remarquable. On y demande d'une manière distincte la connaissance, puis la haine, premièrement de *es péchés, deuxièmement du désordre de ses actions, troisièmement du monde et de sa vanité. Ne confondons point ces trois choses. Dans la deuxième et la troisième, il s'agit moins de* péchés que des occasions et des causes du péché. Car le dérèglement ou le désordre, soit qu'il existe dans l'ensemble même de toute notre vie qui ne se rapporterait pas, autant qu'il est nécessaire, à notre fin ; soit qu'il se rencontre dans la suite de nos actions, par le défaut d'ordre ou de règlement ; ou dans la manière de les faire, sans consi dérer la fin de chacune, et sans garder la modération convenable, eA toujours la source d'un grand nombre de péchés. — Le monde encore, avec son inconstance et sa légèreté, et, ce qu'il y a de plus redoutable, avec la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie, nous fascine les yeux, et est pour nous l'aliment de tous les vices,
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afin que l'ayant en horreur, je melnigne de tout ce qui est vain et périssable. Terminer ce premier colloque par la Salutation angclique.
Le second au Fils (1), lui demandant ies mêmes grâces et le priant de me les obtenir de son Père céleste. Terminer par la prière: Ame de Jésus-dirist.
Le troisième à Dieu le Père, lui demandant toujours les mêmes grâces, et le suppliant de me les accorder lui-même, lui qui est le Seigneur éternel de toutes clioses. Je réciterai Y Oraison dominicale.
Le quatrième Exercice est un résumé du troisième.
Je dis un résumé 2), dans lequel l'entendement, sans s'égarer, réfléchit attentivement, en
la source et l'occasion de péchés innombrables. — On demande donc pour chacune des trois fins oh objets de ce colloque ure double grâce : lumière pour l'enU'inlt-ment, afin de connaître; m&menant pieux de la volonté, afin d'abhorrer et de fuir. Saint Igtiaee avertit souvent de demander cette double grâce, et on ne peut le recommander assez.
(i) | Le second, au PHs. — Considéré non comme Dieu, mais comme homme, notre médiateur et notre avocat, toujours vivant pour intercéder en notre faveur. (Direct, c. xv, n. 7.)]
(2) Un résumé. — Remarquez que le texte ne donne pas à cet Exercice le nom de répétition. C'est un Exercice distinct de la répétition précédente qu'il résume. Il ne faut donc pas répéter de nouveau, ou reprendre point par point le premier et le second Exercice, mai» réntmerce qui nousale plustoiu liés dans le troisième ; afin que, nous représentant vivement à l'esprit ces mêmes vérités et les méditant sans distraction, comme
se rappelant les vérités qu'il a contemplées dans les Exercices précédents. On terminera en faisant les trois mêmes colloques.
Le cinquième Exercice est la méditation de l'enfer. 11 renferme, outre l'oraison préparatoire et les deux préludes, cinq points et un colloque.
L'oraison préparatoire comme à l'ordinaire.
Le premier prélude est la composition de lieu, qui consiste, dans cette méditation, à voir des yeux de l'imagination la longueur, la largeur et la profondeur de l'enfer.
Le second est la demande de la grâce que l'on veut obtenir. Ici je demanderai le sentiment intérieur des peines que souffrent les damnés, afin que, si mes fautes (1) me faisaient jamais oublier r.'imou^ du Seigneur éternel, du moins la crainte dos peines m'aidât à ne point tomber dans le péché ( 1).
sans effort, nous nous en trouvions pénétrés plus profondé- ; et surtout que nous sentions dans nos cœurs une douleur toujours plus vive de nos péchés, et que nous nous confirmions déplus en plus dans la résolution de non; en corriger.
(1) Mes fautes. — Mej péchés, même véniels, même mes
ires-, durit l'effet ordinaire est l'affaiblissement, puis l'oubli de l'amour divin, qui conduit au péché mortel. Et cirmroe ce péché est 1 s plus grand de tons les maux, nous demandons d'en être préservés, au moins par la crainte des nents. — Remarquez encore les derniers mots de ce le, où l'auteur des Exercices dit an nombre singulier, dans le péché; voulant signifier, dans aucun péché grave.
(2) M'aidât à ne point tomber. — Le fruit propre que saint
Dans le premier point, je verrai des yeux de l'imagination ces feux immenses, et les âmes des réprouvés comme enfermées dans des corps de feu.
Dans le ûeuxième, j'entendrai, à l'aide de l'imagination, Les gémissements, les cris, les clameurs, les blasphèmes contre Jésus-Christ Notre- Seigneur et contre tous les Saints.
Dans le troisième, je me figurerai que je respire la fumée, le soufre, l'odeur d'une sentine et de matières en putréfaction.
Dans le quatrième, je m'imaginerai goûter intérieurement des choses amères, comme les larmes, la tristesse, le ver de la conscience.
Dans le cinquième, je toucherai ces flammes vengeresses, m'efforçant de comprendre vivement comment elles environnent et brûlent les âmes des réprouvés.
Faisant un colloque avec Jésus-Christ Notre- Seigneur, je me rappellerai combien d'âmes sont en enfer (1) : les unes parce qu'elles n'ont pas cru
Ignace veut nous faire retirer de cet Exercice, c'est la résolution d'éviter le péché à l'avenir. — Ainsi trois causes se réunissent pour opérer la conversion entière : 1° la honte, fruit du premier Exercice ; 2° la douleur, fruit du second Exercice ; 3° le propos ferme et efficace de ne plus commettre le péché, fruit principal du dernier Exercice de cette journée.
(1) [D'après l'abbé Clément, on se représentera, en se les rappelant nommément et en détail à la mémoire, tous ceux qu'on tait avoir été condamnés au supplice de l'enfer. — Le sort éternel de l'homme ne peut se savoir avec certitude que par la révélation ; et l'Écriture sainte ne nous fait connaître nomménient qu'un très-petit nombre de réprouvés. Les expressions